Catholiques et chrétiens orthodoxes
Une communion ancienne, une séparation douloureuse, une unité espérée.
Une unité blessée, mais jamais oubliée
Une même foi reçue des apôtres
Catholiques et chrétiens orthodoxes se reconnaissent héritiers d’une même foi reçue des apôtres, transmise sans rupture depuis les origines du christianisme. Ils partagent les fondements essentiels de la foi chrétienne : la confession trinitaire, la foi au Christ vrai Dieu et vrai homme, la célébration des sacrements, la succession apostolique et une Tradition enracinée dans l’Église des premiers siècles.
Une séparation historique sans rupture doctrinale
La séparation entre l’Orient et l’Occident chrétiens, traditionnellement située
au XIᵉ siècle, ne résulte pas d’une divergence doctrinale centrale comparable à
celles qui marqueront plus tard la Réforme. Elle est le fruit d’un processus long
et complexe, mêlant évolutions culturelles, différences linguistiques, contextes
politiques, incompréhensions ecclésiales et tensions autour de l’exercice de
l’autorité dans l’Église. Le schisme n’a pas été vécu immédiatement comme une
rupture totale, mais comme une dégradation progressive de la communion,
devenue durable au fil du temps.
Malgré cette séparation, les Églises catholique et orthodoxes n’ont jamais cessé
de se reconnaître comme appartenant à la même tradition apostolique. Contrairement
à d’autres divisions chrétiennes, la rupture n’a pas entraîné une remise en cause
de la validité des sacrements ni de la continuité de l’Église. C’est pourquoi le
dialogue entre catholiques et orthodoxes ne vise pas à créer une unité nouvelle,
mais à retrouver une communion perdue, sans effacer l’histoire ni nier les
différences réelles qui subsistent. Ce dialogue s’inscrit dans une logique de
reconnaissance mutuelle et de fidélité à l’Église ancienne, avec la conscience
que l’unité ne peut être restaurée que dans la vérité et le respect des traditions
propres.
Histoire de l'Eglise Orthodoxe
Une Église héritière de la foi ancienne
L’Église orthodoxe désigne un ensemble d’Églises chrétiennes issues de la
tradition de l’Orient chrétien, qui se reconnaissent comme héritières directes
de l’Église des premiers siècles. Elle se comprend comme la fidèle gardienne
de la foi reçue des apôtres, telle qu’elle a été formulée par les conciles
œcuméniques et transmise sans rupture doctrinale.
Cette fidélité se manifeste par la confession de la foi trinitaire, la
reconnaissance des sacrements, la continuité de la succession apostolique
et l’enracinement dans la Tradition ancienne de l’Église.
Une organisation synodale et plurielle
Dès l’Antiquité chrétienne, l’Église s’est organisée autour de grands centres
ecclésiaux. À partir du IVᵉ siècle, cinq sièges majeurs structurent la vie de
l’Église : Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem, formant
ce que l’on appelle la pentarchie. Chaque Église locale est conduite par un
évêque, en communion avec les autres.
L’Église orthodoxe se caractérise par une organisation synodale, dans laquelle
les décisions se prennent de manière collégiale entre évêques. Elle reconnaît
une primauté d’honneur à certains sièges, notamment celui de Constantinople,
mais ne conçoit pas l’existence d’une autorité universelle exerçant un pouvoir
juridictionnel direct sur l’ensemble des Églises.
Une séparation historique, non une fondation nouvelle
La séparation durable entre l’Orient et l’Occident chrétiens s’inscrit dans un
processus long et progressif, marqué par des divergences culturelles,
linguistiques et politiques, ainsi que par des désaccords sur certaines
formulations théologiques et sur l’exercice de l’autorité dans l’Église.
Cette séparation, traditionnellement située au XIᵉ siècle, ne correspond pas
à la naissance d’une nouvelle Église. Les Églises orthodoxes se comprennent
comme pleinement Église, fidèles à la foi ancienne, aux sacrements et à la
succession apostolique. Les événements historiques ultérieurs, notamment les
conflits entre Orient et Occident, ont aggravé une rupture déjà engagée.
C’est pourquoi le dialogue avec l’Église catholique ne porte pas sur la
reconnaissance de la foi chrétienne, déjà partagée, mais sur les conditions
d’une communion ecclésiale pleinement restaurée.
Ce qui nous unit profondément
Une même foi apostolique
Catholiques et orthodoxes professent la même foi reçue des apôtres,
transmise et formulée par les conciles œcuméniques des premiers siècles.
Ils confessent ensemble la foi trinitaire, la divinité du Christ,
telle qu’elle est exprimée dans le Credo de Nicée-Constantinople,
ainsi que les dogmes fondamentaux définis par l’Église ancienne.
Cette unité doctrinale constitue le socle commun sur lequel reposent
la vie liturgique, sacramentelle et ecclésiale des deux traditions.
Les Pères de l’Église, reconnus et vénérés de part et d’autre,
appartiennent à un héritage théologique pleinement partagé.
Les sacrements et la succession apostolique
Catholiques et orthodoxes reconnaissent mutuellement la validité
des sacrements, en particulier du baptême, de l’Eucharistie
et de l’ordination. Cette reconnaissance repose sur la continuité
de la succession apostolique, qui assure la transmission ininterrompue
du ministère épiscopal depuis les apôtres.
Cette communion sacramentelle, bien que blessée par la séparation,
demeure une réalité théologique fondamentale. Elle distingue profondément
le dialogue entre catholiques et orthodoxes d’autres dialogues œcuméniques,
dans lesquels la question des sacrements et du ministère constitue
un point de divergence majeur.
Une même compréhension du mystère de l’Église
Les deux traditions partagent une vision sacramentelle de l’Église,
comprise comme mystère de communion, corps du Christ et temple
de l’Esprit Saint. L’Église n’est pas d’abord conçue comme une
institution juridique, mais comme une réalité spirituelle incarnée
dans des Églises locales rassemblées autour de l’évêque.
La liturgie occupe une place centrale dans cette compréhension :
elle n’est pas seulement un acte cultuel, mais l’expression vivante
de la foi de l’Église. La place accordée à la Tradition, à la prière
et à la dimension mystérique de la foi manifeste une proximité
spirituelle profonde entre catholiques et orthodoxes.
Les différences qui demeurent
La primauté et l’exercice de l’autorité
La différence la plus structurante entre catholiques et orthodoxes concerne
la question de la primauté et de son exercice dans l’Église. L’Église catholique
reconnaît à l’évêque de Rome une primauté universelle, comprenant une autorité
doctrinale et juridictionnelle sur l’ensemble de l’Église.
Les Églises orthodoxes reconnaissent quant à elles une primauté d’honneur,
historiquement accordée à l’évêque de Rome, mais rejettent l’idée d’une
juridiction universelle exercée par un évêque unique. Elles insistent sur une
compréhension collégiale et synodale de l’autorité ecclésiale.
Synodalité et organisation de l’Église
Cette divergence se prolonge dans la manière de concevoir l’organisation
concrète de l’Église. Les Églises orthodoxes sont structurées comme une
communion d’Églises locales autocéphales, chacune gouvernée par ses propres
évêques réunis en synode.
L’Église catholique, tout en affirmant la dimension synodale de l’Église,
conçoit cette synodalité en lien avec la primauté de l’évêque de Rome.
La question de l’articulation entre primauté et synodalité demeure ainsi
au cœur du dialogue théologique actuel entre catholiques et orthodoxes.
Différences théologiques et disciplinaires
D’autres différences subsistent, notamment sur certaines formulations
théologiques héritées de l’histoire, comme la question du Filioque
dans le Credo, ainsi que sur des aspects disciplinaires et liturgiques.
Ces différences, bien que réelles, ne portent pas sur le cœur de la foi
chrétienne. Elles sont aujourd’hui abordées dans un esprit de dialogue,
avec la conscience qu’elles doivent être comprises dans leur contexte
historique et théologique, et non comme des oppositions irréductibles.
Le dialogue catholiques–orthodoxes aujourd’hui : un chemin patient et respectueux
Des rencontres théologiques régulières
Le dialogue entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes s’inscrit
aujourd’hui dans un cadre structuré et continu. En 1979, à l’initiative
du pape Jean-Paul II et du patriarche œcuménique Dimitrios Ier,
est instituée la Commission mixte internationale pour le dialogue
théologique entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes.
Cette commission réunit régulièrement des théologiens des deux traditions
afin de travailler sur les questions ecclésiologiques centrales,
en particulier la relation entre primauté et synodalité. Parmi les textes
majeurs issus de ce dialogue figure le Document de Ravenne (2007),
qui reconnaît que synodalité et primauté appartiennent toutes deux
à la structure de l’Église, à tous les niveaux de sa vie.
Des gestes symboliques forts
Le rapprochement entre catholiques et orthodoxes ne s’est pas limité
au travail théologique. Il a également été marqué par des gestes
symboliques décisifs. En 1965, le pape Paul VI et le patriarche
œcuménique Athénagoras Ier procèdent à la levée solennelle
des excommunications réciproques de 1054.
Cet acte n’a pas rétabli la communion eucharistique, mais il a mis fin
à une situation de condamnation mutuelle et ouvert une nouvelle étape
dans les relations entre Orient et Occident chrétiens. Depuis lors,
les rencontres entre papes et patriarches orthodoxes se sont multipliées,
accompagnées de déclarations communes et de gestes de respect mutuel.
Une reconnaissance mutuelle réelle
Le dialogue contemporain repose sur une reconnaissance ecclésiale claire.
L’Église catholique reconnaît les Églises orthodoxes comme de véritables
Églises, fidèles à la foi apostolique, dotées de sacrements valides
et d’une authentique succession apostolique.
Cette reconnaissance, affirmée notamment par le Concile Vatican II,
permet un dialogue fondé sur une communion réelle, bien que blessée,
et non sur la remise en cause de l’identité ecclésiale de l’autre.
Du côté orthodoxe, l’Église catholique est également reconnue comme
héritière de la foi apostolique, malgré les divergences persistantes
concernant l’exercice de la primauté.
Un refus de toute précipitation
Le dialogue catholiques–orthodoxes se caractérise enfin par une grande
prudence. Les deux traditions reconnaissent que l’unité ne peut être
atteinte par des décisions rapides ou par des solutions uniquement
institutionnelles.
Le Document de Chieti (2016), consacré à la synodalité et à la primauté
au premier millénaire, illustre cette approche. En s’appuyant sur
l’expérience de l’Église indivise, il cherche à dégager des points
de référence communs sans imposer de modèle unique pour l’avenir.
L’unité est ainsi envisagée comme un chemin de vérité, de maturation
ecclésiale et de confiance réciproque inscrite dans la durée.
Une unité déjà à l’œuvre
Fraternité retrouvée entre responsables et fidèles
Les relations entre catholiques et orthodoxes ont profondément évolué
au cours des dernières décennies. Là où dominaient autrefois la méfiance
et l’ignorance mutuelle, s’est progressivement installée une relation
marquée par le respect et la fraternité.
Cette évolution est perceptible tant au niveau des responsables ecclésiaux
qu’au sein des communautés locales, où les rencontres, les échanges
et les coopérations se sont multipliés dans un climat apaisé.
Respect profond des traditions respectives
Le dialogue actuel repose sur un respect assumé des traditions propres
à chaque Église. Catholiques et orthodoxes ne cherchent plus à s’évaluer
à l’aune de leurs différences, mais à reconnaître la cohérence interne
et la richesse spirituelle de leurs héritages respectifs.
Cette attitude marque une évolution importante : l’unité n’est plus
pensée comme une uniformisation, mais comme une communion respectueuse
de traditions ecclésiales diverses, enracinées dans la même foi apostolique.
Prière commune et purification de la mémoire
La prière occupe une place essentielle dans le rapprochement
entre catholiques et orthodoxes. Des temps de prière partagés,
notamment lors de rencontres officielles ou de célébrations
significatives, ont contribué à instaurer une confiance durable.
Ce chemin s’accompagne également d’un travail de purification
de la mémoire, qui consiste à reconnaître les blessures de l’histoire,
sans les instrumentaliser ni les oublier, afin de dépasser les
héritages de suspicion et de ressentiment.
Une espérance partagée, plus mûre et plus humble
L’espérance de l’unité demeure au cœur du dialogue catholiques–orthodoxes,
mais elle s’est approfondie. Elle n’est plus portée par l’attente
d’une résolution rapide, mais par une confiance plus réaliste
dans le temps long du chemin ecclésial.
Cette espérance partagée est désormais marquée par l’humilité :
elle reconnaît les difficultés réelles, tout en affirmant que
l’unité, déjà présente en profondeur, continue de se déployer
patiemment dans la fidélité et le respect mutuel.
Conclusion : l’unité comme don à accueillir
L’unité comme don à accueillir
Le dialogue entre catholiques et orthodoxes conduit progressivement
à une compréhension plus juste de l’unité chrétienne. L’unité ne se
construit pas comme un accord à négocier, ni comme un équilibre à
imposer. Elle ne se décrète pas et ne se programme pas.
L’unité se reçoit comme un don, dans la fidélité à la foi transmise,
dans la patience du dialogue et dans le respect des traditions
ecclésiales. Elle demande du temps, de l’écoute et une conversion
continue du regard porté sur l’autre.
Marcher ensemble sans forcer le temps de Dieu, c’est accepter que
l’unité progresse souvent de manière discrète, à travers des gestes
simples, une parole apaisée et une confiance qui mûrit lentement.
Ce chemin, même inachevé, est déjà porteur d’une communion réelle,
appelée à s’approfondir selon le dessein de Dieu.
Là où les chrétiens acceptent de marcher ensemble sans précipiter le temps de Dieu,
l’unité commence déjà à se donner.
Signes visibles de l’unité en chemin
Rencontre entre le pape Léon XIV et le patriarche œcuménique.
Raison : dialogue œcuménique et fraternité entre les Églises.
Prière œcuménique autour du pape François avec des responsables orthodoxes.
Raison : prière commune pour l’unité des chrétiens.
Le pape Jean-Paul II reçoit en audience privée Bartholomaios Ier, patriarche œcuménique.
Raison : rencontre officielle et approfondissement du dialogue.