La dynastie hérodienne
dans la lecture des Évangiles

La dynastie hérodienne constitue un cadre historique et théologique déterminant pour la lecture des récits évangéliques. Loin d’être un simple arrière-plan politique, elle participe activement à la compréhension du rapport entre pouvoir, messianisme et révélation. Les Hérodiens incarnent une forme de royauté dépendante de l’Empire romain, marquée par une quête constante de légitimité et traversée par la violence, révélant ainsi les limites structurelles du pouvoir politique lorsqu’il se coupe de la justice et de la fidélité à Dieu.

Hérode le Grand et ses successeurs règnent sur une terre profondément marquée par l’espérance messianique. Or, cette attente se trouve détournée ou étouffée par une autorité qui cherche à se maintenir par la force, la peur ou le compromis avec Rome. L’Évangile selon Matthieu met en scène, dès les récits de l’enfance, une confrontation implicite entre deux formes de royauté : celle d’un roi imposé par l’Empire et celle du Messie attendu, dont la venue révèle une souveraineté d’un autre ordre.

Les figures d’Hérode Archélaüs et d’Hérode Antipas prolongent cette problématique. Leur incapacité à gouverner de manière juste, leur hostilité à l’égard de la parole prophétique et leur soumission aux intérêts romains mettent en lumière un pouvoir politique incapable d’accueillir la révélation. L’exécution de Jean le Baptiste et le mépris manifesté envers Jésus illustrent le refus d’une conversion exigée par la Parole de Dieu.

D’un point de vue théologique, la dynastie hérodienne permet ainsi de mettre en évidence le contraste fondamental entre les royaumes de ce monde et le Royaume de Dieu. Alors que les Hérodiens cherchent à préserver leur autorité par des moyens humains, le Christ inaugure un règne fondé sur le don de soi, le service et l’obéissance au Père. La présence de cette dynastie dans les Évangiles souligne que l’Incarnation ne s’accomplit pas en marge de l’histoire, mais au cœur des tensions politiques et sociales.


Hérode le Grand

Origine et accès au pouvoir

Hérode le Grand (vers 73 – 4 av. J.-C.) n’est pas issu de la dynastie royale juive des Hasmonéens. D’origine iduméenne, sa famille a été contrainte à la conversion au judaïsme. Sa légitimité religieuse reste donc fragile aux yeux d’une grande partie du peuple.

Son pouvoir repose essentiellement sur le soutien de Rome. Nommé roi de Judée par le Sénat romain en 37 av. J.-C., avec l’appui de Marc Antoine puis confirmé par Auguste, Hérode règne comme un roi-client de l’Empire.

Un bâtisseur exceptionnel

Hérode le Grand est l’un des plus grands bâtisseurs de l’Antiquité. Il entreprend la reconstruction monumentale du Temple de Jérusalem, transforme la ville et développe ports, palais et forteresses (Massada, Hérodion, Césarée Maritime).

Cette politique architecturale renforce son prestige et l’économie, mais elle s’accompagne d’une pression fiscale lourde. La splendeur extérieure ne masque pas les tensions sociales et religieuses profondes.

Une autorité brutale

Le règne d’Hérode est marqué par la peur et la violence. Soupçonneux, il fait exécuter plusieurs membres de sa propre famille. Cette logique de domination culmine symboliquement dans le massacre des enfants de Bethléem.


Le morcellement de la Palestine à sa mort

À la mort d’Hérode le Grand, son royaume est divisé par Rome entre ses fils. Cette fragmentation politique affaiblit durablement la région et installe un climat d’instabilité chronique.

Ce contexte prépare l’entrée progressive de l’administration romaine directe et constitue l’arrière-plan politique du ministère de Jésus.


Hérode Archélaüs

Un règne bref et catastrophique

Hérode Archélaüs reçoit la Judée, la Samarie et l’Idumée. Son règne est marqué par des violences répétées et une incapacité à apaiser les tensions religieuses et sociales.

Déposé par Rome

Devant l’ampleur des troubles, Rome intervient. En l’an 6 ap. J.-C., Archélaüs est déposé et exilé. La Judée passe alors sous administration romaine directe.

Lien avec Jésus

La réputation violente d’Archélaüs explique pourquoi Joseph choisit de s’installer en Galilée après son retour d’Égypte.


Hérode Antipas

Le plus important pour les Évangiles

Hérode Antipas est le tétrarque de Galilée et de Pérée. C’est sous son autorité que se déroule l’essentiel du ministère public de Jésus.

Un dirigeant calculateur

Soucieux de préserver sa position, Antipas gouverne avec prudence, privilégiant la stabilité politique à toute exigence morale.

Les relations avec Jean le Baptiste

Jean le Baptiste dénonce publiquement son mariage illégitime avec Hérodiade. Antipas le fait arrêter puis exécuter.

Les relations avec Jésus

Lors du procès, Jésus est envoyé à Antipas. Celui-ci, intrigué mais fermé à la vérité, se contente de le tourner en dérision.

La chute d’Hérode Antipas

Accusé de trahison sous l’empereur Caligula, Antipas est exilé en Gaule. Sa chute rappelle la fragilité des puissances politiques face à l’histoire du salut.