Pourquoi la Croix ?
La croix est sans doute le signe chrétien le plus connu… et le plus mal compris.
Elle peut choquer, déranger, rebuter. Elle semble contredire toute attente : si Dieu sauve, pourquoi passer par l’échec, l’injustice et la mort violente ?
La Bible elle-même ne présente jamais la croix comme une évidence.
De façon récurrente nous parlons souvent de scandale, folie, faiblesse.
Et pourtant, c’est là que le cœur de la foi chrétienne se concentre.
Entrer dans la question de la croix, ce n’est pas chercher une justification de la souffrance.
C’est accepter de regarder comment Dieu choisit d’agir, et ce que cela change radicalement dans notre manière de le comprendre.
La croix, un échec apparent
Dans tous les récits évangéliques, la croix est présentée comme un échec manifeste. Jésus meurt condamné, humilié, exécuté comme un criminel. Il n’est ni compris, ni suivi, ni défendu jusqu’au bout.
« Nous, nous espérions… » (Lc 24,21). Cette parole dit le désarroi des disciples. La croix contredit toute attente d’un salut par la puissance, le succès ou la reconnaissance.
Les Évangiles ne cherchent pas à rendre cet échec acceptable. Ils le laissent tel quel, brut. La foi chrétienne naît non pas malgré cet échec, mais à partir de lui.
Une violence subie, non exercée
La croix est un acte de violence extrême. Mais cette violence n’est jamais exercée par Jésus. Elle est subie.
Jésus ne résiste pas par la force, n’appelle pas à la vengeance, ne retourne pas la violence contre ses bourreaux. Il est condamné par un système religieux et politique qui se sent menacé.
« Il n’a pas rendu la violence pour la violence » (cf. Is 53). La croix révèle que Dieu n’est jamais du côté de la violence, même lorsqu’elle se réclame de lui.
La révélation d’un Dieu non violent
Sur la croix, Dieu ne répond pas à la violence par une violence supérieure. Il ne détruit pas ses ennemis et ne se justifie pas par la force.
« Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23,34). Cette parole bouleverse toute image d’un Dieu vengeur.
La croix agit comme une purification radicale : si Dieu se révèle là, alors toute représentation d’un Dieu dominateur doit être interrogée.
La croix comme solidarité radicale
Sur la croix, Jésus connaît l’abandon, la solitude, l’injustice et le doute. Les Évangiles ne gomment pas ce cri.
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15,34). Ce cri est conservé, transmis, assumé.
La croix ne donne pas une explication au mal. Elle affirme qu’aucune souffrance humaine n’est désormais étrangère à Dieu.
Un renversement de la logique du pouvoir
La croix inverse les critères habituels de réussite, de puissance et de salut. Elle ne passe ni par la domination ni par l’élimination de l’adversaire.
« Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi. » (Jn 12,32). Cette élévation est paradoxale : celle du don total de soi.
La croix ne glorifie pas la souffrance. Elle révèle jusqu’où peut aller un amour qui refuse de se renier.
Une croix ouverte sur la vie
La croix ne peut être comprise isolément. Si elle était le dernier mot, elle serait un échec définitif.
La foi chrétienne affirme que ce qui est donné dans l’amour n’est jamais perdu. La résurrection ne nie pas la croix, elle en révèle la portée.
« Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? » (Lc 24,5). La vie commence là où tout semblait fini.
La croix ne répond pas à toutes les questions. Elle ne supprime ni le mal, ni la souffrance, ni le scandale.
Mais elle révèle un Dieu qui n’abandonne pas l’homme à ce qu’il subit. Un Dieu qui choisit d’être avec, jusqu’au bout, plutôt que contre.
La croix ne dit pas pourquoi la souffrance existe. Elle dit que Dieu ne s’en détourne pas.
Et peut-être est-ce là le cœur de la foi chrétienne.