Que signifie être un peuple élu ?
L’expression « peuple élu » peut mettre mal à l’aise. Elle évoque parfois un privilège, une supériorité, voire une exclusion des autres peuples.
Et pourtant, dans la Bible, cette expression ne désigne jamais un avantage confortable. Elle parle d’un appel, d’une responsabilité, d’une mission souvent lourde à porter.
Être élu, dans la Bible, ne signifie pas être meilleur que les autres. Cela signifie être appelé pour les autres.
Ce dossier ne cherchera donc pas chercher à justifier une élection, mais à comprendre ce que la Bible dit vraiment de cette relation singulière entre Dieu et un peuple ;
une relation marquée par la confiance, l’infidélité, la patience et l’espérance.
Un choix qui commence par un appel
Dans la Bible, l’élection ne commence pas par un peuple puissant ni par une nation organisée. Elle commence par un appel adressé à un homme : Abraham.
Abraham n’a ni terre, ni descendance, ni statut particulier. Et pourtant, Dieu lui adresse une parole décisive : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père… » (Gn 12,1).
Le choix de Dieu ne repose pas sur des mérites. Il repose sur une confiance demandée. Être choisi, dans la Bible, ce n’est pas être récompensé, c’est être appelé à marcher, sans garantie autre que la promesse.
Choisi non pour soi, mais pour une promesse
Dès l’origine, l’élection dépasse largement la personne d’Abraham. La promesse qui lui est faite n’est pas refermée sur lui-même.
« En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Gn 12,3).
L’élection biblique n’est jamais une mise à part égoïste. Elle est toujours orientée vers les autres. Être choisi, ce n’est pas être placé au-dessus, c’est être mis au service d’un projet qui dépasse le peuple lui-même.
Une élection qui n’empêche ni l’erreur ni l’échec
La Bible ne présente jamais le peuple choisi comme exemplaire. Elle raconte sans détour ses peurs, ses refus et ses infidélités répétées.
Dans le désert, le peuple murmure, doute, regrette l’Égypte et se fabrique des idoles. Plus tard, il oublie la justice, opprime les pauvres et se replie sur lui-même.
L’élection ne protège ni de l’erreur ni de la chute. Elle rend l’infidélité plus douloureuse, parce qu’elle blesse une relation. Dieu ne choisit pas des parfaits ; il accepte de travailler avec des hommes fragiles.
Un peuple sans cesse rappelé à sa mission
Les prophètes rappellent sans relâche que l’élection n’est pas un statut religieux, mais une mission concrète.
« Ce que le Seigneur attend de toi : pratiquer la justice, aimer la fidélité, et marcher humblement avec ton Dieu. » (Mi 6,8).
Lorsque l’élection est vécue comme un privilège, elle se vide de son sens. Être choisi, ce n’est pas être dispensé de justice, c’est en être le premier responsable.
Une élection traversée par l’épreuve
Les grandes crises de l’histoire d’Israël posent une question vertigineuse : sommes-nous encore le peuple de Dieu ?
La Bible répond sans ambiguïté. L’élection n’est pas annulée par l’épreuve. Elle est mise à l’épreuve. Dans l’exil, le peuple découvre que Dieu n’est pas lié à un territoire ni à une institution.
« Même si une mère oubliait son enfant, moi je ne t’oublierai pas. » (Is 49,15). L’élection est une relation traversée par la fidélité de Dieu.
Une élection ouverte, jamais fermée
Au fil de la Bible, l’élection s’élargit. Israël comprend qu’il n’est pas choisi contre les autres peuples, mais pour eux.
« Ma maison sera appelée maison de prière pour tous les peuples. » (Is 56,7).
Le peuple élu n’est pas un cercle fermé. Il est un signe, un point de passage, porteur d’une bénédiction destinée à tous. Être choisi, ce n’est pas posséder Dieu, c’est accepter de servir un projet plus grand que soi.