Les nations sous le regard de Dieu (Ez 25–32)

Un déplacement nécessaire du regard

Après la chute de Jérusalem, la parole prophétique opère un déplacement inattendu. Le regard ne se fixe plus sur Israël seul, mais s’ouvre aux peuples qui l’entourent.

Ce mouvement n’est pas une fuite. Il empêche de penser la catastrophe comme un événement isolé, ou comme l’unique lieu de la justice de Dieu.

L’histoire d’Israël s’inscrit désormais dans une histoire plus vaste, où toutes les nations sont placées sous le même regard.

La dénonciation de l’orgueil des puissances

Les oracles adressés aux nations visent d’abord une attitude commune : l’orgueil des puissances. Ces peuples se croient invulnérables, maîtres de leur destin, protégés par leur richesse, leur puissance ou leur savoir.

L’orgueil dénoncé n’est pas seulement politique. Il est spirituel. Il consiste à se croire à l’origine de sa propre grandeur, à oublier toute dépendance, à se fermer à toute limite.

En dévoilant cette illusion, Ézéchiel rappelle que la puissance, lorsqu’elle se referme sur elle-même, devient aveugle et prépare sa propre chute.

La chute des puissances comme dévoilement

La parole prophétique annonce l’effondrement de royaumes qui semblaient inébranlables. Leur chute n’est pas présentée comme une vengeance, mais comme un dévoilement.

Ce qui tombe, ce n’est pas seulement une domination, mais une prétention. La grandeur humaine, lorsqu’elle se prend pour une absolue, révèle sa fragilité.

À travers ces oracles, Dieu se manifeste non comme un rival des nations, mais comme celui qui rappelle à chacune la vérité de sa condition.

Dieu maître de l’histoire des nations

Ce déplacement du regard permet une affirmation décisive. Le Dieu d’Israël n’est pas un Dieu local, enfermé dans l’histoire d’un seul peuple.

Il est à l’œuvre dans le mouvement des nations, dans leurs élévations comme dans leurs chutes. Rien n’échappe à son regard, pas même les puissances qui se croient souveraines.

En élargissant ainsi l’horizon, le livre d’Ézéchiel ouvre une compréhension nouvelle de l’histoire : un espace traversé par la justice de Dieu, où chaque peuple est appelé, tôt ou tard, à reconnaître ses limites et sa vérité.