Les sept dernières paroles du Christ sur la Croix
Dans les dernières heures de sa vie terrestre, suspendu à la croix, Jésus prononce sept paroles qui résonnent comme un testament spirituel. Elles sont courtes, percutantes, émouvantes et toutes issues des 4 Evangiles.
« Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » Lc 23,34
« Femme, voici ton Fils… voici ta mère » Jn 19,26-27
« En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » Lc 23,43
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Mt 27,46 / Mc 15,34
« J’ai soif ! » Jn 19,28
« Tout est achevé. » Jn 19,30
« Père, entre tes mains, je remets mon esprit. » Lc 23,46
Ce ne sont pas des paroles au hasard : elles proposent une architecture cohérente qui dévoilent le cœur de Jésus, sa mission et l’amour du Père jusqu’au bout.
En les méditant, nous découvrons comment Jésus, dans la souffrance et l’abandon, continue d’enseigner, de pardonner, de confier, et d’ouvrir à la vie.
Ces paroles sont pour nous des lumières, des clés pour entrer dans le mystère de la croix et vivre, à notre tour, une vie plus enracinée en Dieu.
Pourquoi existe-t-il une dévotion autour des 7 dernières paroles ?
Avant de plonger dans ces paroles si fortes, prenons un pas de recul : pourquoi l’Église, depuis des siècles, leur accorde-t-elle une telle place ?
Cette dévotion n’est pas née d’un goût pour le détail dramatique, mais d’une intuition : au pied de la croix, Jésus offre tout ce qu’il est. Ses dernières paroles sont comme des pierres précieuses recueillies par la Tradition parce qu’elles concentrent son cœur, son message, et sa mission.
Comprendre cette dévotion nous aide à entrer nous-mêmes dans une attitude de contemplation.
Elle remonte au XIIème siècle, période où la tentation fut grande de gommer la couleur de chaque Evangile pour faire un récit de la vie de Jésus… plus harmonieux !
De nos jours, le développement des sciences bibliques et de l’exégétique ont annihilés cette tentation de fondre les 4 évangiles en un seul.
Les 7 paroles de Jésus ont été commentées, entre autres, par Saint-Bonaventure et ce sont les franciscains qui ont popularisé la méditation autour de ces paroles.
Elles joueront un grand rôle dans la piété médiévale et on les rattache aux 7 plaies du Christ, forme d’antidote aux 7 péchés capitaux.
Du reste, le livre des heures de Saint-Bède relate que quiconque méditait ces paroles était sûr d’être sauvé et que Marie lui apparaîtrait 30 jours avant sa mort !
La disposition de ces sept paroles est particulièrement intéressante.
Elle part d’une Parole adressée au Père («Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font »), va vers un centre dramatique provoqué par le sentiment d’absence («Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?») et se termine en s’adressant de nouveau au Père (« Père, entre tes mains je remets mon esprit »).
Cette structure rejoint le mouvement même de toute la révélation.
Jésus, le Fils de Dieu, est venu nous rejoindre sur le terrain de notre humanité pour nous faire connaître le visage du Père.
Depuis le pèlerinage à Jérusalem à 12 ans en passant par le baptême dans le Jourdain où la voix de Dieu résonne, Jésus ne fait que se réclamer de cet amour du Père qui le fait vivre !
Retour sur les évènements (l’Evangile de Saint-Luc 23, 1-33)
Jésus est arrêté. Il est aux mains des gardes dans la maison du Grand Prêtre. Il est injurié, frappé, ridiculisé.
Lorsqu’il se fait jour, on le conduit devant le Sanhédrin. On le conduit ensuite devant Pilate, qui ne trouve aucun motif de condamner cet homme.
La foule pourtant réclame sa mort, à grands cris. On l’emmène encore devant Hérode. Jésus se tait. Pilate finit par céder aux pressions de la foule et leur livre Jésus. Meurtri, perdant son sang, le corps et l’âme empli de douleurs, Jésus, est chargé de sa croix, et conduit sans ménagement, avec deux criminels, hors de la ville
Deux évènements vont se produire, au long de cette « Via Dolorosa » :
Simon de Cyrène, d’abord, est « réquisitionné » pour soulager le Christ, qui tombe sous le poids de la Croix, parce qu’il est brisé et sans force, épuisé, assoiffé, souffrant atrocement : Comme ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus (Luc 23, 26)
Puis, les femmes de Jérusalem qui pleurent à grand bruit, essaient d’apporter à Jésus la consolation de leur sympathie. Le Christ va leur prophétiser : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous et sur vos enfants » (Luc 23, 28).
Arrivée à Golgotha, la foule se presse, tandis que les trois condamnés sont couchés sur leur croix, et que les soldats enfoncent les clous dans les mains et les pieds des suppliciés. Les croix sont plantées dans leur trou et Jésus, placé au milieu des deux malfaiteurs, fait face à ses bourreaux sous un soleil de plomb.
Trois groupes de spectateurs vont se former :
Les curieux et les indifférents (soldats, foule)
Mt 27, 39-40
Les passants l’injuriaient en hochant la tête ;
ils disaient : « Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! »
Les opposants haineux (religieux hostiles)
Mt 27, 41-43
De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant :
« Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui !
Il a mis sa confiance en Dieu. Que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ! Car il a dit : “Je suis Fils de Dieu.” »
Le petit groupe de fidèles (certains disciples, les femmes et Jean)
Mc 15, 40-41
Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem.
Présentation des 7 dernières paroles
Pour chacune, nous prendrons un temps pour regarder le contexte biblique, comprendre le sens théologique, voir ce que cela change pour nous, et entendre les échos que cela peut avoir dans notre propre vie.
Ces paroles ne sont pas seulement à analyser, mais à laisser descendre en nous.
Pour mieux comprendre ces paroles, il est aussi important de les replacer dans leur horizon théologique.
La croix n’est pas un simple drame humain : elle est le lieu où se joue le salut. Tout ce que Jésus avait annoncé, tout ce que les prophètes avaient préparé, converge à ce moment précis.
C’est seulement en percevant cette profondeur théologique que chaque parole prend son poids, sa densité, et toute sa beauté.
« Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23,34)
Contexte biblique :
Jésus vient d’être crucifié, sa première parole sur la Croix est une parole pour les autres.
Elle s’adresse à son Père et c’est une prière, une supplication : donne leur ton pardon !
Après les trahisons, les insultes et les moqueries, après les tortures, Jésus, l’innocent crucifié ne prie que pour ses bourreaux.
Sens théologique :
Le pardon est au cœur de la mission de Jésus. Sur la croix, il vit ce qu’il a enseigné : « Aimez vos ennemis ». Le pardon de Jésus n’excuse pas le mal, mais ouvre un chemin de réconciliation.
A travers cette parole de Jésus, l’offre d’un pardon inconditionnel, nous sommes amenés à redécouvrir notre foi chrétienne comme une expérience fondamentalement libératrice. Le Dieu qui se révèle à nous est essentiellement un Dieu de miséricorde, un cœur de tendresse qui vient rejoindre notre misère pour nous recréer, nous réorienter vers notre destinée.
Et nous, aujourd’hui ?
Nous pouvons apprendre à confier à Dieu ceux qui nous blessent, nous souvenir que pardonner ne veut pas dire oublier, mais choisir de ne pas laisser la haine empoisonner notre cœur.
Pour nous, personnellement, nous pouvons également prendre conscience que, parfois, nous ne mesurons pas l’impact de nos paroles, de nos actions et/ou omissions.
Pistes de méditation
Regarde comment Jésus commence par le pardon, alors qu’il est encore cloué sur la croix. Et toi, où en es-tu du pardon dans ta vie ?
Pense à quelqu’un qui t’a blessé : que se passerait-il si tu mettais cette personne entre les mains du Père plutôt que dans tes propres mains ?
Demande au Seigneur un cœur qui reste ouvert même dans l’injustice ou la blessure.
Souviens-toi : le pardon n’excuse pas, il libère.
« En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis» (Luc 23,43)
Contexte biblique :
Aujourd’hui, Jésus manifeste que Dieu accompli sa promesse et son Alliance : il nous ouvre le ciel. Mais il ne fait pas cela « en majesté », dans une procession de gloire et d’honneur mais sur le gibet de la croix, pendu comme un malfaiteur. Et, justement, à sa droite et à sa gauche, sont aussi crucifiés 2 brigands.
L’un d’eux, le « bon larron » reconnaît son péché et implore : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume ». Jésus lui promet la vie éternelle
Sens théologique :
Adressée au "bon larron" qui reconnaît ses fautes et demande à Jésus de se souvenir de lui, cette parole est porteuse d'une immense espérance. Elle nous révèle que jusqu'au dernier souffle, la conversion est possible et que la miséricorde divine est sans limite.
Et nous aujourd’hui ?
Cette parole nous rappelle qu'il n'est jamais trop tard pour revenir vers Dieu.
Elle nous invite à la confiance absolue en la miséricorde divine et à ne jamais désespérer, ni pour nous-mêmes, ni pour les autres.
Pistes de méditation
Jésus ne promet pas un “jour” vague mais aujourd’hui. Quelle est ta relation au présent ?
Imagine le regard du « bon larron », ce cri humble et confiant : “Souviens-toi de moi”. Ose-tu toi aussi faire ce genre de demande ?
Accueille cette parole comme adressée à toi : Jésus t’ouvre un avenir quand tu te crois perdu.
Qu’est-ce que « être avec lui » change concrètement dans ta manière de vivre ?
« Femme, voici ton Fils. Voici ta Mère» (Jean 19, 26-27)
Contexte biblique :
Au pied de la croix se tiennent Marie et Jean, le disciple bien-aimé.
Jésus les confie l’un à l’autre.
Sens théologique :
En prenant soin des siens jusqu’au bout, Jésus nous fait assister ici à la naissance d’une nouvelle famille, une communauté fondée non sur les liens du sang mais sur la foi spirituelle.
Marie devient la mère des croyants et les disciples sont unis dans une fraternité nouvelle en Christ.
Et nous aujourd’hui ?
Cette parole nous appelle à reconnaître notre responsabilité envers nos frères et sœurs dans la foi.
Elle nous invite à créer des liens de solidarité authentiques au sein de nos communautés et à prendre soin les uns des autres comme le Christ a pris soin des siens.
Pistes de méditation
Jésus crée une relation nouvelle : une famille née de la foi. Qu’est-ce que cela évoque dans ton propre parcours ?
Marie est donnée comme mère : qu’est-ce que cela change dans ta relation à elle ?
Pense à ceux qui t’ont soutenu spirituellement : qui Jésus te confie-t-il aujourd’hui ?
Accueille l’idée que tu n’es jamais seul sur ton chemin.