La prière du Notre Père
Avant d’être une prière à apprendre, le Notre Père est une parole
que Jésus confie à ceux qui veulent s’adresser à Dieu avec simplicité.
Depuis des siècles, des chrétiens du monde entier prononcent les mêmes mots : Notre Père.
Certains les apprennent enfants, d’autres les découvrent plus tard, parfois au début d’un chemin de foi. Derrière ces paroles simples se cache une richesse immense, à la fois biblique, spirituelle et profondément humaine.
Lorsque Jésus enseigne cette prière à ses disciples, il ne leur donne pas une formule magique, mais une manière de se tenir devant Dieu. Chaque demande ouvre un espace de confiance : reconnaître Dieu comme Père, accueillir son Royaume, demander le pain nécessaire, apprendre le pardon et chercher la fidélité au cœur des épreuves.
Entrer dans le Notre Père, c’est avancer pas à pas dans une prière qui forme le cœur autant qu’elle éclaire l’intelligence. Comprendre ses mots peut aider à mieux les habiter… mais c’est souvent en les priant qu’ils révèlent toute leur profondeur.
Le Notre Père est bien plus qu’une prière connue : c’est une parole que Jésus lui-même a confiée à ses disciples pour leur apprendre à s’adresser à Dieu avec confiance.
Depuis des siècles, ces mots simples accompagnent la vie des chrétiens et nourrissent leur relation au Père.
À travers chacune de ses demandes, cette prière ouvre un chemin : reconnaître la présence de Dieu, accueillir son Royaume, demander le pain nécessaire, apprendre le pardon et avancer avec fidélité au cœur des épreuves. Elle unit les croyants dans une même espérance et rappelle que la foi se vit autant dans la prière que dans la vie quotidienne.
Cette page propose de parcourir le Notre Père pas à pas, pour en comprendre la richesse spirituelle et découvrir comment ses paroles peuvent encore aujourd’hui éclairer la prière personnelle et la vie chrétienne, en tenant compte de la traduction liturgique entrée en vigueur en 2017.
La prière du Notre Père dans le Nouveau Testament
Avant d’être une prière transmise par l’Église, le Notre Père est d’abord une parole de Jésus dans l’Évangile.
Evangile selon Saint-Matthieu (6, 9-15)
Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal.
Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi.
Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne pardonnera pas vos fautes.
Evangile selon Saint-Luc (11, 1-4)
Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. »
Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne.
Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour.
Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous laisse pas entrer en tentation. »
La prière du Notre Père : structure générale
Glorification céleste
Invocation du Père céleste : que son nom soit sanctifié, que son règne advienne et que sa volonté s’accomplisse sur la terre comme au ciel.
Besoins quotidiens
Demande du pain quotidien, symbole à la fois de nos nécessités matérielles et de notre dépendance spirituelle envers Dieu.
Réconciliation mutuelle
Requête de pardon inscrite dans une dynamique de réciprocité : recevoir la miséricorde divine implique de la transmettre à ceux qui nous ont offensés.
Appel à la grâce divine
Ultime supplication : être préservé de la tentation et délivré du Mal, en reconnaissant notre fragilité et notre besoin de la grâce de Dieu.
L'Invocation : adorer et glorifier Dieu
Le Notre Père commence par une invocation touchante :
« Notre Père ».
Ce mot simple exprime la relation intime entre le croyant et Dieu.
Il révèle un Dieu proche, aimant et personnel, non une force lointaine, mais un Père qui connaît, écoute et aime chacun.
« Qui es aux cieux »
Cette expression rappelle la transcendance de Dieu. Il est le Créateur et le Seigneur de toute chose,
au-dessus du monde sans en être absent.
Elle invite à la reconnaissance, à l’adoration et au respect du mystère divin.
« Que ton nom soit sanctifié »
Cette demande exprime le désir que la sainteté de Dieu soit reconnue et honorée par tous.
Elle engage aussi le croyant à vivre de manière cohérente, afin que la gloire de Dieu se manifeste à travers ses paroles et ses actes.
Références
Nous appelons Dieu « Père », signe de filiation adoptive (Rm 8,15).
Le « notre » souligne la dimension communautaire : nous prions en Église (CCC 2777).
Saint Augustin : la filiation divine est la base de la vie chrétienne.
Références :
Demande que Dieu soit honoré dans le monde et nos vies (CCC 2800).
Dimension eschatologique : le Nom de Dieu sera glorifié dans le Royaume (Mt 6,10).
Saint Thomas d’Aquin : la prière ordonne nos désirs vers Dieu.
Le Royaume de Dieu : un appel à l'action
« Que ton règne vienne »
Cette demande exprime le désir que le Royaume de Dieu s’établisse sur la terre.
Il ne s’agit pas d’un lieu, mais d’une réalité vécue où règnent justice, amour et paix.
En priant ainsi, nous reconnaissons l’imperfection du monde et appelons à sa transformation selon les principes divins, dans un engagement spirituel et fraternel.
« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel »
Nous demandons que la volonté de Dieu s’accomplisse dans nos vies et dans l’histoire.
Cette prière engage une adhésion active : aligner nos choix et nos actions sur les valeurs de miséricorde, de justice et d’amour, afin de devenir des artisans du dessein de Dieu dans le monde.
Références :
-
Expression de l’attente du Royaume de Dieu, déjà présent mais encore à venir (CCC 2816‑2821).
-
Liturgiquement, l’Église proclame ce Royaume lors de l’Eucharistie.
Références :
-
Soumission confiante à Dieu (Jn 17,17‑19).
-
Transforme notre volonté pour vivre selon les principes divins (CCC 2826).
Le pain quotidien : une demande de subsistance pas seulement alimentaire
« Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour »
Cette demande exprime la dépendance fondamentale de l’homme envers Dieu pour sa subsistance.
Elle concerne la nourriture matérielle nécessaire à la vie, mais ne s’y limite pas : elle inclut aussi les biens spirituels et les grâces indispensables au cheminement intérieur. En priant ainsi, le croyant reconnaît Dieu comme source de toute vie.
Références :
-
Expression de confiance et dépendance à Dieu (Mt 6,11 ; CCC 2831‑2832).
-
Appel au partage : le pain reçu doit nourrir aussi nos frères.
La demande de pardon : un échange réciproque
« Pardonne-nous nos offenses »
Cette demande exprime le besoin fondamental de miséricorde.
Le croyant reconnaît ses fautes et s’en remet à Dieu pour être purifié et réconcilié avec Lui.
Ce pardon ne se limite pas à une absolution juridique : il opère une transformation intérieure qui libère du poids de la culpabilité et ouvre à une vie renouvelée.
Le pardon divin dépasse les limites humaines. Il est gratuit, inconditionnel, et recrée la personne de l’intérieur, la faisant renaître dans une relation vivante avec Dieu.
« Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés »
Cette phrase introduit une exigence décisive :
le pardon reçu de Dieu est inséparable du pardon offert aux autres.
Pardonner devient le signe visible de la grâce accueillie.
Pardonner n’est pas faiblesse, mais force spirituelle. C’est un chemin exigeant de liberté intérieure qui brise les logiques de rancune et de vengeance, ouvre à la guérison personnelle et rend possible une réconciliation authentique, individuelle et communautaire.
Références :
-
Le pardon de Dieu est lié à notre capacité à pardonner (Mt 6,12‑14).
-
Engage la vie éthique et la miséricorde chrétienne (CCC 2838‑2845).
-
Saint Thomas d’Aquin : purifie le cœur et rend capable de réconciliation.
La protection contre le mal : un appel à la force divine
« Et ne nous laisse pas entrer en tentation »
Il s'agit là de reconnaître la réalité des épreuves et des combats intérieurs
qui jalonnent l’existence humaine.
Nous demandons à Dieu de nous préserver des forces qui nous éloignent du bien et de nous donner la force de résister lorsque notre faiblesse est mise à l’épreuve.
La tentation n’est pas seulement extérieure : elle est aussi intérieure, fruit du tiraillement entre nos désirs égoïstes et notre aspiration spirituelle. En formulant cette demande, le croyant confesse sa vulnérabilité et exprime son désir de vivre selon des choix éclairés par la grâce divine.
« Mais délivre-nous du Mal »
C'est un appel confiant à la protection de Dieu.
Cette supplication vise toutes les formes du mal :
le péché, la souffrance, l’injustice, la violence et tout ce qui détruit la communion entre les personnes.
Le Mal dépasse les difficultés individuelles : il peut devenir une force collective et structurelle qui corrompt les relations humaines.
En demandant la délivrance, le croyant reconnaît que la victoire sur le mal ne peut venir que de Dieu. C’est un acte d’humilité et d’espérance, affirmant que la lumière divine demeure plus forte que toute obscurité.
Références :
-
Reconnaissance de notre fragilité (Mt 6,13 ; Lc 11,4).
-
Invocation pour être fortifiés par l’Esprit et résistants au mal (CCC 2846‑2849).
-
Écho à la prière de Jésus au Jardin des Oliviers (Lc 22,40‑46).
La nouvelle traduction : une question de nuances
La nouvelle traduction du Notre Père, entrée en vigueur en 2017, a été l'objet de discussions et de débats. La phrase « Ne nous soumets pas à la tentation » a été remplacée par « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». Ce changement semble minime, mais il revêt une signification profonde.
Cette modification subtile transforme radicalement la compréhension théologique de la tentation. L'ancienne formulation suggérait que Dieu pourrait activement nous soumettre à des épreuves, tandis que la nouvelle version souligne notre vulnérabilité et notre besoin de guidance divine. Elle reflète une vision plus bienveillante de Dieu, qui ne nous expose pas délibérément au mal, mais nous aide à éviter les pièges spirituels.
La nuance est importante : il ne s'agit plus de voir Dieu comme un juge qui teste notre foi, mais comme un protecteur qui nous accompagne dans nos fragilités. Cette traduction moderne traduit une évolution dans la conception théologique du rapport entre l'humain et le divin.
Une prière universelle
Le Notre Père est une prière universelle.
Elle peut être récitée par tous, quels que soient leur âge, leur origine ou leur culture.
Cette prière nous unit tous dans un même appel à Dieu, à la recherche de son royaume et de sa volonté.
Au-delà des différences doctrinales et liturgiques, cette prière transcende les frontières confessionnelles.
Catholiques, protestants, orthodoxe, tous partagent ces mêmes mots inspirés, révélant une unité spirituelle profonde qui dépasse les divisions historiques.
Sa simplicité et sa profondeur permettent à chacun de s'y reconnaître. Des enfants aux personnes âgées, des communautés rurales aux métropoles mondiales, le Notre Père résonne comme un langage commun de l'espérance et de la foi.
Un modèle de prière
Le Notre Père est un modèle de prière pour tous les chrétiens, un guide spirituel qui transcende les différentes traditions et dénominations.
Il nous montre comment nous pouvons nous adresser à Dieu avec confiance, humilité et respect, en établissant une communication profonde et authentique.
Cette prière nous invite à plusieurs dimensions essentielles de la relation avec le divin :
-
L'adoration qui reconnaît la grandeur de Dieu
-
La louange qui exprime notre gratitude
-
La demande qui manifeste notre dépendance et notre espérance
-
La reconnaissance qui affirme notre foi.
Plus qu'une simple formule rituelle, le Notre Père nous enseigne à prier pour nous-mêmes et pour les autres, à dépasser nos intérêts personnels et à nous engager activement dans la réalisation de la volonté divine.
Il nous rappelle que la prière est un acte communautaire et universel, qui nous relie non seulement à Dieu, mais aussi à l'ensemble de la communauté des croyants.
En méditant sur chaque phrase du Notre Père, nous pouvons découvrir la profondeur de notre relation avec Dieu et la puissance de sa parole.
Le Notre Père est un guide spirituel qui nous accompagne tout au long de notre vie. Il nous rappelle les valeurs essentielles du christianisme : l'amour de Dieu, la confiance en sa miséricorde, l'engagement envers la justice et la paix. En récitant cette prière, nous nous engageons à vivre selon les enseignements de Jésus et à participer à la construction de son royaume.
Plus qu'une simple formule rituelle, le Notre Père est une invitation profonde à une transformation intérieure. Il nous guide vers une compréhension plus large de notre relation avec le divin, nous encourageant à dépasser nos préoccupations personnelles pour embrasser une perspective universelle. Chaque parole de cette prière est un chemin de sagesse spirituelle, nous invitant à la fois à la contemplation et à l'action, à la méditation intérieure et à l'engagement concret dans le monde.
À travers ses mots simples mais puissants, le Notre Père devient un miroir de notre foi, révélant nos aspirations les plus profondes et notre désir constant de connexion avec le divin. Il nous rappelle que notre parcours spirituel est un processus continu d'ouverture, d'humilité et de compassion, nous appelant à être des artisans de paix et de réconciliation dans un monde souvent divisé.
Pour aller plus loin :
Catéchisme de l'Eglise Catholique CCC 2759 - 2792
Evangiles : Mt 6, 9-13 et Lc 11, 1-4
Rm 8, 15 pour la filiation adoptive
St Augustin, commentaires sur le Notre Père
St Thomas d'Aquin, Somme Théologique II - II q.83