Récits de sexualité blessée dans la Bible

Quand la Bible ose dire la violence pour ne pas la justifier

Ressources d’aide et d’accompagnement (France)

Ce dossier contient des récits de violence sexuelle. Si la lecture de certains textes fait écho à une expérience personnelle, il est important de ne pas rester seul. Des dispositifs gratuits, confidentiels et professionnels existent.

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3919 – Violences Femmes Info
Écoute anonyme et gratuite, 24h/24 – 7j/7
Informations officielles

116 006 – France Victimes
Aide aux victimes d’infractions (soutien, information juridique)
france-victimes.fr

17 – Police Secours
En cas de danger immédiat

112 – Numéro d’urgence européen

114 – Urgence par SMS
Pour les personnes sourdes ou malentendantes

119 – Allô Enfance en Danger
Pour les enfants et adolescents en situation de danger

🏢 Structures nationales d’accueil

France Victimes
Réseau national d’associations d’aide aux victimes
france-victimes.fr

Collectif Féministe Contre le Viol (CFCV)
Viols Femmes Informations – 0 800 05 95 95
cfcv.asso.fr

FN CIDFF
Centres d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles
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AVFT
Violences sexuelles et sexistes au travail
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🌐 Sites d’information et d’accompagnement

Arrêtons les violences
Plateforme gouvernementale d’orientation
arretonslesviolences.gouv.fr

Service-public.fr
Démarches, dépôt de plainte, droits des victimes
service-public.gouv.fr

Psycom
Ressources et lignes d’écoute psychologique
psycom.org

Victim Support Europe – France
Informations et orientation européenne
victim-support.eu


Un regard lucide

La Bible ne parle pas de la sexualité uniquement à travers des récits idéalisés ou harmonieux. Elle ose aussi raconter des histoires dures, dérangeantes, parfois profondément choquantes.

Ces pages mettent en scène des violences, des abus de pouvoir, des corps instrumentalisés, des silences imposés. Elles peuvent troubler et scandaliser.

Pourtant, leur présence n’est ni accidentelle ni secondaire. En les conservant, la Bible fait un choix fort : ne pas masquer la violence, surtout lorsqu’elle touche les plus vulnérables.

Ces récits ne sont jamais proposés comme des modèles. Ils ne disent pas ce qui devrait être, mais ce qui arrive lorsque la relation est brisée, lorsque le désir se transforme en domination, lorsque la parole est confisquée.

Les lire aujourd’hui demande donc une attention particulière. Non pour y chercher des normes, mais pour entendre ce qu’ils révèlent de la fragilité humaine, des rapports de force, et des blessures qui traversent l’histoire — y compris la nôtre.

Approcher ces textes, c’est accepter de regarder en face une part sombre de l’expérience humaine, afin de mieux comprendre pourquoi la Bible appelle sans cesse à la justice, à la responsabilité et au relèvement.


7 histoires...

Titre du récit Résumé Clé de lecture Remarque Référence biblique
Rachel — Jacob — Bilha
(Genèse 30,1-8)
Rachel, stérile, donne sa servante Bilha à Jacob afin que celle-ci enfante des fils pour Rachel. Bilha devient mère de garçons que Rachel présente comme siens. La sexualité est instrumentalisée par une logique de descendance et d’honneur familial. La servante est donnée sans que sa parole soit entendue. Son corps est mis au service d’un projet familial qui n’est pas le sien. Le récit expose une pratique ancienne sans la célébrer. Il met en lumière la vulnérabilité sociale des femmes non libres et la pression exercée par les enjeux de filiation. Genèse 30
Loth et ses filles
(Genèse 19,30-38)
Après la destruction de Sodome, les filles de Loth, craignant l’absence d’héritiers, enivrent leur père et couchent avec lui pour concevoir. De ces unions naissent Moab et Ammon. Le récit montre un monde sans repères, marqué par le traumatisme collectif. La sexualité devient stratégie de survie, non relation consentie entre égaux. La contrainte est manifeste. Il s’agit d’un récit étiologique, trace d’un monde brisé, et non d’une norme morale. Genèse 19
David et Bethsabée
(2 Samuel 11)
David convoque Bethsabée, épouse d’Urie, couche avec elle, puis organise la mort de son mari pour dissimuler l’adultère. Le prophète Nathan le reprend sévèrement. Le récit illustre l’abus de pouvoir. L’asymétrie entre le roi et la femme d’un soldat rend la liberté de Bethsabée très problématique. Le désir du puissant devient violence institutionnelle. La parole prophétique montre clairement la condamnation morale de l’acte. C’est un récit de faute, de chute et de responsabilité du dirigeant. 2 Samuel 11
Absalom et les concubines de David
(2 Samuel 16,21-22)
Absalom couche publiquement avec les concubines de son père lors de sa révolte, affirmant ainsi son usurpation du pouvoir. Le geste est politique et symbolique, non relationnel. Les femmes sont utilisées comme instruments d’humiliation et de domination. Le texte présente l’acte comme déshonorant et révélateur du désordre produit par la maison de David. 2 Samuel 16
Amnon et Tamar
(2 Samuel 13)
Amnon viole Tamar après l’avoir piégée. Il la rejette ensuite. Absalom venge sa sœur en faisant tuer Amnon. Le récit décrit la préméditation, la manipulation, l’absence de consentement et la mise au silence de la victime. Il montre aussi la défaillance paternelle. Le texte dénonce explicitement le viol, l’impunité et le silence. Tamar est présentée comme victime traumatisée. 2 Samuel 13
Sichem et Dinah
(Genèse 34)
Dinah est violée par Sichem. La tentative de réparation échoue et mène à un massacre collectif orchestré par ses frères. La violence initiale, non traitée avec justice, se transforme en spirale de vengeance et de destruction collective. Le texte montre que la violence sexuelle n’est jamais isolée et qu’elle désorganise durablement le tissu social. Genèse 34
Ézéchiel — langage prophétique
(Ez 16 ; Ez 23)
Ézéchiel utilise des images sexuelles crues pour dénoncer l’infidélité spirituelle d’Israël. Il s’agit d’un langage symbolique prophétique, non d’un récit d’événements concrets. Le registre choquant vise à provoquer un réveil moral. Ces textes doivent être lus comme dénonciation poétique, avec un fort encadrement herméneutique. Ézéchiel 16
Ézéchiel 23

Des récits de chutes, jamais de normes

Récits de chute

Il est essentiel de poser ce cadre sans ambiguïté : les récits de violence sexuelle présents dans la Bible ne sont jamais proposés comme des modèles, ni comme des comportements à imiter ou à justifier.

La Bible raconte ici ce qui arrive, non ce qui devrait être. Ces récits appartiennent à la catégorie des récits de chute, au sens biblique du terme : des situations où la relation est profondément déréglée, où le désir se pervertit, où le pouvoir écrase, où la parole disparaît.

Des signes de désordre relationnel

Dans ces récits, les mêmes signes reviennent avec insistance : l’absence ou la confiscation du consentement, l’instrumentalisation du corps, le silence imposé aux victimes, et des conséquences destructrices pour les personnes comme pour la communauté.

La sexualité y est coupée de l’alliance, du respect de l’autre et de toute responsabilité relationnelle.

Contre-récits et discernement

Ces textes fonctionnent comme des contre-récits. Ils montrent en creux ce que devient l’humain lorsque la relation est pervertie par la domination, la peur ou l’abus de pouvoir.

Dans la Bible, une norme se reconnaît à certains critères : elle est associée à une parole de bénédiction, elle ouvre un avenir, elle protège la vie et la dignité des personnes.

Or ici, c’est exactement l’inverse qui est donné à voir : la violence engendre la violence, le silence appelle la rupture, et les liens familiaux et sociaux se désagrègent.

Lire ces récits comme des normes serait une trahison du texte. Les lire comme des récits de chute, c’est en respecter la portée : la Bible ne sacralise jamais la violence, elle la dénonce en la montrant.


Quand le corps devient un instrument

Quand le corps devient un instrument

Dans plusieurs récits bibliques, la sexualité n’est plus un lieu de rencontre entre deux personnes, mais un moyen mis au service d’un objectif extérieur : assurer une descendance, préserver un statut social, survivre dans un monde perçu comme menaçant ou affirmer un pouvoir.

Dans ces situations, le corps cesse d’être reconnu comme celui d’un sujet. Il devient un instrument, parfois silencieux, souvent vulnérable. La Bible ne raconte pas ces scènes pour les justifier, mais pour montrer ce qui se produit lorsque la relation est dissoute au profit de l’utilité.

Le corps utilisé au nom de la fécondité ou de la survie

Le récit de Rachel, Jacob et Bilha (Genèse 30) montre une situation où le corps de la servante est mobilisé pour répondre au désir de descendance de sa maîtresse. Bilha ne parle pas, ne choisit pas : son corps devient un moyen.

De même, l’histoire de Loth et de ses filles (Genèse 19) présente une sexualité réduite à une fonction de survie. Dans un monde perçu comme sans avenir, toute relation disparaît au profit d’une logique de perpétuation.

Ces récits révèlent des contextes où la peur, la hiérarchie sociale et la pression de la fécondité effacent la reconnaissance de la personne.

Le corps saisi par le pouvoir

L’histoire de David et Bethsabée (2 Samuel 11) montre une autre forme d’instrumentalisation : celle du corps saisi par le pouvoir.

Le récit insiste sur l’asymétrie de la relation : David est roi, Bethsabée est convoquée. Le consentement ne peut être pensé indépendamment de cette domination sociale et politique.

La Bible montre que lorsque la sexualité devient un instrument de pouvoir, elle entraîne mensonge, injustice et destruction des liens. Le corps utilisé n’est jamais neutre : il porte les marques durables de la violence exercée.

Articles et ressources pour approfondir

Lire la Bible – Corps et relation dans les récits de la Genèse
www.lirelabible.net

Revue Études – Corps, pouvoir et responsabilité biblique
www.revue-etudes.com

CBE France – Lectures bibliques et rapports de pouvoir
www.cbeinternational.org

Service biblique catholique – Anthropologie biblique
eglise.catholique.fr


Le viol, le silence et la solitude des victimes

La Bible nomme la violence
La Bible n’enrobe pas la violence sexuelle. Elle ne la suggère pas, elle la nomme. Certains récits affrontent frontalement le viol, sans détour ni justification, et montrent non seulement l’acte lui-même, mais surtout le silence coupable qui l’entoure.
Tamar : une parole ignorée
Le récit d’Amnon et Tamar (2 S 13,1-22) est l’un des plus bouleversants. Amnon prémédite son acte, manipule son entourage, isole Tamar, puis la contraint. Le texte décrit avec précision la violence psychologique, l’abus de pouvoir, l’absence totale de consentement. Après le viol, Amnon rejette brutalement Tamar : celle qui a été utilisée devient soudain encombrante. La violence se prolonge dans le mépris.
Le silence comme seconde violence
Tamar, pourtant, parle. Elle crie, elle supplie, elle argumente, elle proteste. Sa parole est claire, rationnelle, lucide. Elle dit l’injustice, elle dit la honte imposée, elle dit l’irréparable. Mais cette parole n’est pas entendue. David, son père, se tait. Le roi, garant de la justice, ne pose aucun acte. Absalom, son frère, l’accueille mais lui impose le silence. La société tout entière échoue à la protéger.
Une société qui se défait
La Bible ne minimise rien. Elle ne cherche pas à sauver les apparences, ni à protéger les figures d’autorité. Elle montre comment le viol détruit non seulement une personne, mais aussi les liens familiaux, la confiance sociale et l’ordre symbolique. Le silence qui suit est présenté comme une seconde violence, aussi dévastatrice que la première.

Ce silence n’est jamais neutre. Dans l’Écriture, il engendre la colère, la vengeance, la spirale de la mort. L’histoire de Tamar est suivie d’un enchaînement de violences qui déchirent durablement la maison de David. Le texte biblique affirme ainsi que ce qui n’est pas nommé, reconnu et jugé continue de faire ravage.
Une exigence pour aujourd’hui
D’autres passages vont dans le même sens. Le viol de la concubine du Lévite (Jg 19) montre une violence collective extrême, suivie d’un effondrement moral et politique. Le cri des victimes devient le révélateur d’une société qui a perdu le sens de la justice. Là encore, le texte ne justifie pas, ne relativise pas : il accuse.

Cette lucidité biblique rejoint aujourd’hui les analyses contemporaines. Les travaux sur les violences sexuelles montrent que le traumatisme est aggravé lorsque la parole est ignorée, minimisée ou disqualifiée. Le silence institutionnel, familial ou communautaire isole les victimes et prolonge leur souffrance. La reconnaissance est un enjeu vital.

Dans l’Église, cette prise de conscience est désormais assumée. Le Catéchisme de l’Église catholique qualifie le viol de « mal intrinsèque » (CEC §2356). La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE) a montré combien le déni et le silence ont aggravé les crimes et détruit des vies. La parole des victimes est devenue un lieu de vérité incontournable.

Relire ces textes bibliques aujourd’hui, ce n’est pas rouvrir des plaies pour le goût du scandale. C’est accepter que la Révélation elle-même nous oblige à regarder la violence en face, à écouter la parole blessée, et à reconnaître que le silence est toujours un choix — et souvent une faute.

Dans la perspective chrétienne, la fidélité à l’Écriture conduit donc à une exigence claire : nommer le viol, écouter les victimes, rompre le silence, et refuser toute forme de protection des agresseurs ou des systèmes qui les couvrent. C’est à ce prix seulement que la parole peut redevenir chemin de vie.

De la violence individuelle à la spirale collective

Une violence nommée, une parole absente
Le récit de Sichem et Dinah (Gn 34) commence par une violence sexuelle qui, déjà, n’est ni minimisée ni excusée. Sichem « saisit » Dinah et « la viole » : le texte biblique emploie des verbes clairs, sans ambiguïté. La jeune femme est réduite au silence ; elle ne parle pas dans le récit. Sa voix est absente, comme effacée par la violence subie.
L’absence de justice engendre la vengeance
Mais la particularité de ce texte est ailleurs. La violence sexuelle initiale ne reçoit aucune réponse juste. Elle n’est ni reconnue, ni traitée selon le droit, ni entourée d’une parole de vérité. À la place, elle est récupérée par des logiques de pouvoir, d’honneur et de vengeance. Les frères de Dinah feignent la négociation, manipulent le langage religieux, puis organisent un massacre collectif (Gn 34,25-29).
Quand la violence se propage au groupe
La Bible montre ici un mécanisme tragique : lorsqu’une violence sexuelle n’est pas affrontée avec justice et parole, elle se diffuse. Elle ne reste pas confinée à la relation entre agresseur et victime. Elle contamine les décisions, les alliances, les rapports entre groupes. Ce qui n’a pas été jugé se transforme en haine. Ce qui n’a pas été reconnu devient meurtrier.
Une communauté désorganisée
Jacob, le père, réagit tardivement et mal. Il ne pleure pas d’abord l’humiliation de sa fille ; il craint surtout les conséquences politiques et militaires (Gn 34,30). Là encore, le silence et le déplacement du regard aggravent la situation. La victime disparaît derrière les enjeux de réputation, de sécurité, de survie clanique.

Le texte biblique ne justifie ni Sichem, ni les frères de Dinah. Il ne transforme pas la vengeance en acte héroïque. Au contraire, il laisse apparaître une communauté désorganisée, incapable de produire une réponse juste. La violence initiale engendre une violence démultipliée. Le mal s’étend, non parce qu’il serait inévitable, mais parce qu’il n’a pas été affronté là où il est né.

Cette logique traverse l’ensemble de l’Écriture. Quand la violence n’est pas nommée, quand la justice est remplacée par la loi du plus fort ou par la vengeance, la société se défait. Le mal n’est jamais isolé : il circule, il se transmet, il s’installe. La Bible affirme ainsi que la violence sexuelle est toujours un fait social, même lorsqu’elle commence dans l’intimité.

Relire Gn 34 aujourd’hui oblige à une lucidité exigeante. Ce texte rappelle que protéger les victimes, écouter leur parole et rendre une justice authentique ne relève pas seulement de la compassion individuelle. C’est une condition de la survie morale des familles, des communautés et des peuples. Là où la violence sexuelle est étouffée ou instrumentalisée, c’est tout le corps social qui entre dans une spirale destructrice.

Le langage choquant du Livre d'Ezechiel

Un langage qui heurte volontairement
Les chapitres 16 et 23 du livre d’Ézéchiel frappent le lecteur par la violence de leur langage. Images sexuelles crues, métaphores excessives, descriptions volontairement dérangeantes : ces textes peuvent heurter profondément la sensibilité moderne, et parfois scandaliser. La Bible ne cherche pas ici à apaiser, mais à provoquer un choc.
Un langage prophétique symbolique
Il est essentiel de comprendre la nature de ce langage. Ézéchiel ne propose pas une description réaliste de pratiques sexuelles. Il ne raconte pas des faits, il construit une parole prophétique symbolique, volontairement outrancière, pour rendre visible l’invisible.

Le prophète mobilise le registre du corps et de la sexualité parce qu’il touche à l’intime, au lien, à la confiance et à la trahison : autant de dimensions centrales dans la relation entre Dieu et son peuple.
Dénoncer la gravité de l’idolâtrie
La sexualité devient ainsi métaphore d’une relation spirituelle pervertie. L’idolâtrie est décrite comme une prostitution, non pour humilier les femmes, mais pour dire la violence d’une alliance rompue, exploitée et livrée à des puissances étrangères.

Le langage est excessif parce que la situation l’est. Ézéchiel cherche à faire mesurer la gravité d’une infidélité qui conduit à la destruction, à l’oppression et à la mort.
Une lecture nécessairement encadrée
Ce langage choquant a une fonction précise : réveiller un peuple anesthésié, incapable de percevoir la violence qu’il produit et qu’il subit. Là où les mots ordinaires ne suffisent plus, le prophète force le langage jusqu’à l’insupportable. Le choc n’est pas gratuit : il est au service d’une prise de conscience.

Mais cette puissance symbolique exige une lecture extrêmement encadrée. Ces chapitres ne peuvent pas être lus isolément, ni utilisés comme justification d’un discours violent ou humiliant sur la sexualité. Ils ne parlent pas de pratiques à imiter, mais d’une rupture à dénoncer.

Lire Ézéchiel 16 et 23 avec sérieux conduit ainsi à reconnaître que la Bible elle-même met en scène les ravages d’une relation pervertie par la domination, la possession et la trahison.

Ce que ces récits disent aujourd’hui

La Bible ne se tait pas
Ces récits bibliques disent d’abord une chose essentielle : la Bible ne se tait pas face à la violence sexuelle. Là où beaucoup de sociétés préfèrent l’euphémisme, l’oubli ou le déplacement de la faute, l’Écriture ose nommer la violence, en montrer les mécanismes et en exposer les conséquences.

Cette parole dérangeante n’est pas une complaisance pour l’horreur, mais une exigence de vérité.
Dieu n’est jamais du côté du plus fort
Ces textes rappellent avec force que Dieu ne se situe jamais du côté du plus fort. Le pouvoir, familial, politique ou religieux, est constamment mis en accusation lorsqu’il écrase, manipule ou réduit au silence.

La domination n’est jamais justifiée, même lorsqu’elle s’abrite derrière une position d’autorité, une tradition ou une prétendue normalité sociale.
Le silence comme faute morale
Ces récits affirment également que le silence face à la violence est déjà une faute. Le silence de David, l’inaction de Jacob, la lâcheté collective autour des victimes ne sont jamais présentés comme neutres.

Ils participent au mal qu’ils laissent se déployer. Là où la vérité n’est pas dite, la violence se transforme, se propage et finit par détruire les relations et les communautés.
Une lecture responsable aujourd’hui
Ces textes appellent à une lecture responsable aujourd’hui. Ils interdisent toute instrumentalisation de la Bible pour justifier l’injustifiable.

On ne peut pas invoquer l’Écriture pour excuser la violence, relativiser les agressions ou spiritualiser ce qui relève du crime. La foi biblique ne transforme jamais la souffrance en vertu, ni l’oppression en épreuve sanctifiante.

Ils refusent aussi radicalement que le poids de la faute soit déplacé sur les victimes. Accuser la victime, c’est prolonger la violence sous une forme morale ou religieuse.
Un appel à la vérité et au relèvement
Si ces pages sont difficiles à lire, ce n’est pas par excès de dureté, mais par excès de vérité. Elles parlent sans détour de réalités humaines profondément blessées : corps niés, paroles étouffées, relations perverties, communautés désagrégées...

Mais ces textes ne s’arrêtent pas au constat. En obligeant à regarder la violence en face, ils ouvrent un chemin exigeant : celui de la vérité, de la justice et du relèvement.

Lire ces récits aujourd’hui, dans l’Église et dans la société, c’est accepter une responsabilité spirituelle : laisser la Parole déranger nos silences et nous engager du côté des victimes, pour que ce qui a été brisé puisse commencer à être relevé.

Relecture christologique du corps et de la relation

Le Christ face à la violence du corps
Relire ces textes à la lumière du Christ ne consiste pas à les adoucir ni à les excuser. Jésus ne détourne pas le regard de la violence humaine. Il la traverse. Il la porte. Il se tient du côté de ceux dont le corps a été blessé et la parole confisquée.

Dans les Évangiles, le corps est toujours un lieu de relation respectée. Jésus s’approche, touche, écoute, mais ne prend jamais. Il ne contraint pas, ne possède pas, n’utilise pas. Son rapport au corps est un rapport de présence, de délicatesse et de reconnaissance.
Une relation libérée de la domination
Sur la croix, le corps du Christ est livré à la violence collective. Il connaît l’injustice, l’humiliation, l’abandon et le silence. En cela, il rejoint toutes les victimes, non pour expliquer leur souffrance, mais pour la partager jusqu’au bout.

La relation, telle que Jésus la vit, est toujours non violente. Elle refuse la domination et le pouvoir exercé sur l’autre. Elle redonne à chacun sa place de sujet. Toute utilisation du corps d’autrui est étrangère à l’Évangile.
Une espérance incarnée
La résurrection ouvre enfin une promesse. Le corps relevé du Christ affirme que la violence n’a pas le dernier mot. Les blessures ne sont pas effacées, mais elles ne condamnent plus. Elles deviennent des lieux possibles de reconnaissance et de vie.

Relire ces textes à la lumière du Christ, c’est accueillir une espérance incarnée. Une espérance qui ne nie pas la douleur, mais qui affirme que le corps et la relation peuvent être relevés, restaurés, réhabités.

Conclusion : une parole pour tenir ensemble vérité et espérance

Arriver au terme de ce dossier n’est pas anodin.
Les récits traversés sont lourds, parfois éprouvants, souvent dérangeants. Ils parlent de corps blessés, de paroles étouffées, de silences qui font mal. Prendre le temps de les lire, de les affronter sans détour, demande du courage et de la disponibilité intérieure.

Si la Bible ose dire ces réalités, ce n’est pas pour enfermer, ni pour accuser, ni pour accabler.
C’est parce qu’elle prend au sérieux la condition humaine, dans ce qu’elle a de plus fragile et de plus exposé. Elle ne détourne pas le regard quand la violence traverse les relations, les familles ou les institutions. Elle choisit la vérité, non comme une arme, mais comme un chemin.

Ce parcours rappelle trois choses essentielles :

  • Dieu n'est pas absent des lieux de blessure.

  • Il n’est pas du côté de la domination, ni du déni, ni du silence imposé.

  • La parole biblique, même lorsqu’elle est rude, travaille toujours en profondeur pour que la vie puisse reprendre place là où elle a été abîmée.

Lire ces textes aujourd’hui appelle à une attitude humble.
Il ne s’agit pas de juger le passé, ni de distribuer des responsabilités abstraites, mais d’apprendre à écouter, à discerner, à nommer ce qui fait mal sans écraser davantage. La Bible n’offre pas des réponses toutes faites ; elle ouvre un espace où la parole peut circuler, où la justice peut être recherchée, où le relèvement devient pensable.

Ce dossier n’a pas vocation à tout dire, ni à tout résoudre.
Il souhaite simplement offrir des repères, poser des mots justes, et rappeler que la foi chrétienne ne demande jamais de nier la souffrance pour croire, ni de se taire pour être fidèle. Au contraire, elle invite à tenir ensemble vérité, responsabilité et espérance.

Merci d’avoir pris le temps de ce chemin.
Merci d’avoir accepté de lire, de réfléchir, parfois de vous laisser déplacer.
Que cette lecture puisse nourrir une parole plus attentive, une écoute plus respectueuse, et une vigilance plus grande envers celles et ceux qui portent des blessures invisibles.
La suite reste à écrire, ensemble, dans la manière d’accueillir, de protéger et de relever.
C’est là que la Parole devient vraiment vivante.


Ressources

Avant d’aller plus loin

Les ressources proposées ci-dessous abordent des récits bibliques et des analyses qui touchent à des réalités sensibles : violences sexuelles, abus de pouvoir, silences institutionnels.

Ces lectures peuvent être exigeantes, parfois éprouvantes. Chacun est invité à avancer à son rythme, à prendre soin de soi, et à ne pas hésiter à suspendre une lecture si elle devient trop lourde. Il est souvent préférable d’aborder ces ressources dans un cadre accompagné (formation, groupe de lecture, échange pastoral).

Cette bibliographie propose des chemins possibles pour approfondir, discerner et écouter avec plus de justesse.

« Dina, des cris dans le silence »
Osservatore Romano (version française)
Article réflexif sur Genèse 34, centré sur Dina et l’écoute des victimes. Une lecture attentive qui articule texte biblique, silence imposé et responsabilité du lecteur.
« La voix de sagesse et d’indignation de Tamar »
CBE International (français)
Lecture approfondie de 2 Samuel 13, attentive à la violence subie par Tamar, à sa parole et aux mécanismes de silence et d’impunité.
« Le blâme des victimes et le récit de Bethsabée et David »
CBE International
Analyse critique du récit de 2 Samuel 11, interrogeant les lectures qui déplacent la responsabilité vers Bethsabée et minimisent l’abus de pouvoir de David.
« Dina et Sichem — analyse »
Université de Genève (PDF académique)
Étude critique et théologique de Genèse 34, croisant approche historique et lecture féministe. Ressource académique exigeante.
« Harcèlement sexuel dans la Bible »
Revue Études
Article de mise en perspective historique et théologique, utile pour situer les récits bibliques dans l’évolution de la réflexion sur la violence sexuelle.
Lot et les récits d’inceste (analyse historique)
Article scientifique (anglais)
Analyse historique et critique des récits liés à Loth. Utile pour le contexte, à aborder avec discernement.
Violences sexuelles et Église aujourd’hui
Rapport CIASE – Annexes (PDF)
Ressource de contexte contemporain, utile pour articuler lecture biblique, responsabilité ecclésiale et vigilance pastorale.