Récits de sexualité blessée dans la Bible
Quand la Bible ose dire la violence pour ne pas la justifier
Ressources d’aide et d’accompagnement (France)
Ce dossier contient des récits de violence sexuelle. Si la lecture de certains textes fait écho à une expérience personnelle, il est important de ne pas rester seul. Des dispositifs gratuits, confidentiels et professionnels existent.
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3919 – Violences Femmes Info
Écoute anonyme et gratuite, 24h/24 – 7j/7
Informations officielles
116 006 – France Victimes
Aide aux victimes d’infractions (soutien, information juridique)
france-victimes.fr
17 – Police Secours
En cas de danger immédiat
112 – Numéro d’urgence européen
114 – Urgence par SMS
Pour les personnes sourdes ou malentendantes
119 – Allô Enfance en Danger
Pour les enfants et adolescents en situation de danger
🏢 Structures nationales d’accueil
France Victimes
Réseau national d’associations d’aide aux victimes
france-victimes.fr
Collectif Féministe Contre le Viol (CFCV)
Viols Femmes Informations – 0 800 05 95 95
cfcv.asso.fr
FN CIDFF
Centres d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles
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AVFT
Violences sexuelles et sexistes au travail
avft.org
🌐 Sites d’information et d’accompagnement
Arrêtons les violences
Plateforme gouvernementale d’orientation
arretonslesviolences.gouv.fr
Service-public.fr
Démarches, dépôt de plainte, droits des victimes
service-public.gouv.fr
Psycom
Ressources et lignes d’écoute psychologique
psycom.org
Victim Support Europe – France
Informations et orientation européenne
victim-support.eu
Un regard lucide
La Bible ne parle pas de la sexualité uniquement à travers des récits idéalisés ou harmonieux. Elle ose aussi raconter des histoires dures, dérangeantes, parfois profondément choquantes.
Ces pages mettent en scène des violences, des abus de pouvoir, des corps instrumentalisés, des silences imposés. Elles peuvent troubler et scandaliser.
Pourtant, leur présence n’est ni accidentelle ni secondaire. En les conservant, la Bible fait un choix fort : ne pas masquer la violence, surtout lorsqu’elle touche les plus vulnérables.
Ces récits ne sont jamais proposés comme des modèles. Ils ne disent pas ce qui devrait être, mais ce qui arrive lorsque la relation est brisée, lorsque le désir se transforme en domination, lorsque la parole est confisquée.
Les lire aujourd’hui demande donc une attention particulière. Non pour y chercher des normes, mais pour entendre ce qu’ils révèlent de la fragilité humaine, des rapports de force, et des blessures qui traversent l’histoire — y compris la nôtre.
Approcher ces textes, c’est accepter de regarder en face une part sombre de l’expérience humaine, afin de mieux comprendre pourquoi la Bible appelle sans cesse à la justice, à la responsabilité et au relèvement.
7 histoires...
| Titre du récit | Résumé | Clé de lecture | Remarque | Référence biblique |
|---|---|---|---|---|
| Rachel — Jacob — Bilha (Genèse 30,1-8) |
Rachel, stérile, donne sa servante Bilha à Jacob afin que celle-ci enfante des fils pour Rachel. Bilha devient mère de garçons que Rachel présente comme siens. | La sexualité est instrumentalisée par une logique de descendance et d’honneur familial. La servante est donnée sans que sa parole soit entendue. Son corps est mis au service d’un projet familial qui n’est pas le sien. | Le récit expose une pratique ancienne sans la célébrer. Il met en lumière la vulnérabilité sociale des femmes non libres et la pression exercée par les enjeux de filiation. | Genèse 30 |
| Loth et ses filles (Genèse 19,30-38) |
Après la destruction de Sodome, les filles de Loth, craignant l’absence d’héritiers, enivrent leur père et couchent avec lui pour concevoir. De ces unions naissent Moab et Ammon. | Le récit montre un monde sans repères, marqué par le traumatisme collectif. La sexualité devient stratégie de survie, non relation consentie entre égaux. La contrainte est manifeste. | Il s’agit d’un récit étiologique, trace d’un monde brisé, et non d’une norme morale. | Genèse 19 |
| David et Bethsabée (2 Samuel 11) |
David convoque Bethsabée, épouse d’Urie, couche avec elle, puis organise la mort de son mari pour dissimuler l’adultère. Le prophète Nathan le reprend sévèrement. | Le récit illustre l’abus de pouvoir. L’asymétrie entre le roi et la femme d’un soldat rend la liberté de Bethsabée très problématique. Le désir du puissant devient violence institutionnelle. | La parole prophétique montre clairement la condamnation morale de l’acte. C’est un récit de faute, de chute et de responsabilité du dirigeant. | 2 Samuel 11 |
| Absalom et les concubines de David (2 Samuel 16,21-22) |
Absalom couche publiquement avec les concubines de son père lors de sa révolte, affirmant ainsi son usurpation du pouvoir. | Le geste est politique et symbolique, non relationnel. Les femmes sont utilisées comme instruments d’humiliation et de domination. | Le texte présente l’acte comme déshonorant et révélateur du désordre produit par la maison de David. | 2 Samuel 16 |
| Amnon et Tamar (2 Samuel 13) |
Amnon viole Tamar après l’avoir piégée. Il la rejette ensuite. Absalom venge sa sœur en faisant tuer Amnon. | Le récit décrit la préméditation, la manipulation, l’absence de consentement et la mise au silence de la victime. Il montre aussi la défaillance paternelle. | Le texte dénonce explicitement le viol, l’impunité et le silence. Tamar est présentée comme victime traumatisée. | 2 Samuel 13 |
| Sichem et Dinah (Genèse 34) |
Dinah est violée par Sichem. La tentative de réparation échoue et mène à un massacre collectif orchestré par ses frères. | La violence initiale, non traitée avec justice, se transforme en spirale de vengeance et de destruction collective. | Le texte montre que la violence sexuelle n’est jamais isolée et qu’elle désorganise durablement le tissu social. | Genèse 34 |
| Ézéchiel — langage prophétique (Ez 16 ; Ez 23) |
Ézéchiel utilise des images sexuelles crues pour dénoncer l’infidélité spirituelle d’Israël. | Il s’agit d’un langage symbolique prophétique, non d’un récit d’événements concrets. Le registre choquant vise à provoquer un réveil moral. | Ces textes doivent être lus comme dénonciation poétique, avec un fort encadrement herméneutique. |
Ézéchiel 16 Ézéchiel 23 |
Des récits de chutes, jamais de normes
Récits de chute
Il est essentiel de poser ce cadre sans ambiguïté : les récits de violence sexuelle présents dans la Bible ne sont jamais proposés comme des modèles, ni comme des comportements à imiter ou à justifier.
La Bible raconte ici ce qui arrive, non ce qui devrait être. Ces récits appartiennent à la catégorie des récits de chute, au sens biblique du terme : des situations où la relation est profondément déréglée, où le désir se pervertit, où le pouvoir écrase, où la parole disparaît.
Des signes de désordre relationnel
Dans ces récits, les mêmes signes reviennent avec insistance : l’absence ou la confiscation du consentement, l’instrumentalisation du corps, le silence imposé aux victimes, et des conséquences destructrices pour les personnes comme pour la communauté.
La sexualité y est coupée de l’alliance, du respect de l’autre et de toute responsabilité relationnelle.
Contre-récits et discernement
Ces textes fonctionnent comme des contre-récits. Ils montrent en creux ce que devient l’humain lorsque la relation est pervertie par la domination, la peur ou l’abus de pouvoir.
Dans la Bible, une norme se reconnaît à certains critères : elle est associée à une parole de bénédiction, elle ouvre un avenir, elle protège la vie et la dignité des personnes.
Or ici, c’est exactement l’inverse qui est donné à voir : la violence engendre la violence, le silence appelle la rupture, et les liens familiaux et sociaux se désagrègent.
Lire ces récits comme des normes serait une trahison du texte. Les lire comme des récits de chute, c’est en respecter la portée : la Bible ne sacralise jamais la violence, elle la dénonce en la montrant.
Quand le corps devient un instrument
Quand le corps devient un instrument
Dans plusieurs récits bibliques, la sexualité n’est plus un lieu de rencontre entre deux personnes, mais un moyen mis au service d’un objectif extérieur : assurer une descendance, préserver un statut social, survivre dans un monde perçu comme menaçant ou affirmer un pouvoir.
Dans ces situations, le corps cesse d’être reconnu comme celui d’un sujet. Il devient un instrument, parfois silencieux, souvent vulnérable. La Bible ne raconte pas ces scènes pour les justifier, mais pour montrer ce qui se produit lorsque la relation est dissoute au profit de l’utilité.
Le corps utilisé au nom de la fécondité ou de la survie
Le récit de Rachel, Jacob et Bilha (Genèse 30) montre une situation où le corps de la servante est mobilisé pour répondre au désir de descendance de sa maîtresse. Bilha ne parle pas, ne choisit pas : son corps devient un moyen.
De même, l’histoire de Loth et de ses filles (Genèse 19) présente une sexualité réduite à une fonction de survie. Dans un monde perçu comme sans avenir, toute relation disparaît au profit d’une logique de perpétuation.
Ces récits révèlent des contextes où la peur, la hiérarchie sociale et la pression de la fécondité effacent la reconnaissance de la personne.
Le corps saisi par le pouvoir
L’histoire de David et Bethsabée (2 Samuel 11) montre une autre forme d’instrumentalisation : celle du corps saisi par le pouvoir.
Le récit insiste sur l’asymétrie de la relation : David est roi, Bethsabée est convoquée. Le consentement ne peut être pensé indépendamment de cette domination sociale et politique.
La Bible montre que lorsque la sexualité devient un instrument de pouvoir, elle entraîne mensonge, injustice et destruction des liens. Le corps utilisé n’est jamais neutre : il porte les marques durables de la violence exercée.
Articles et ressources pour approfondir
– Lire la Bible – Corps et relation dans les récits de la Genèse
www.lirelabible.net
– Revue Études – Corps, pouvoir et responsabilité biblique
www.revue-etudes.com
– CBE France – Lectures bibliques et rapports de pouvoir
www.cbeinternational.org
– Service biblique catholique – Anthropologie biblique
eglise.catholique.fr
Le viol, le silence et la solitude des victimes
Ce silence n’est jamais neutre. Dans l’Écriture, il engendre la colère, la vengeance, la spirale de la mort. L’histoire de Tamar est suivie d’un enchaînement de violences qui déchirent durablement la maison de David. Le texte biblique affirme ainsi que ce qui n’est pas nommé, reconnu et jugé continue de faire ravage.
Cette lucidité biblique rejoint aujourd’hui les analyses contemporaines. Les travaux sur les violences sexuelles montrent que le traumatisme est aggravé lorsque la parole est ignorée, minimisée ou disqualifiée. Le silence institutionnel, familial ou communautaire isole les victimes et prolonge leur souffrance. La reconnaissance est un enjeu vital.
Dans l’Église, cette prise de conscience est désormais assumée. Le Catéchisme de l’Église catholique qualifie le viol de « mal intrinsèque » (CEC §2356). La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE) a montré combien le déni et le silence ont aggravé les crimes et détruit des vies. La parole des victimes est devenue un lieu de vérité incontournable.
Relire ces textes bibliques aujourd’hui, ce n’est pas rouvrir des plaies pour le goût du scandale. C’est accepter que la Révélation elle-même nous oblige à regarder la violence en face, à écouter la parole blessée, et à reconnaître que le silence est toujours un choix — et souvent une faute.
Dans la perspective chrétienne, la fidélité à l’Écriture conduit donc à une exigence claire : nommer le viol, écouter les victimes, rompre le silence, et refuser toute forme de protection des agresseurs ou des systèmes qui les couvrent. C’est à ce prix seulement que la parole peut redevenir chemin de vie.
De la violence individuelle à la spirale collective
Le texte biblique ne justifie ni Sichem, ni les frères de Dinah. Il ne transforme pas la vengeance en acte héroïque. Au contraire, il laisse apparaître une communauté désorganisée, incapable de produire une réponse juste. La violence initiale engendre une violence démultipliée. Le mal s’étend, non parce qu’il serait inévitable, mais parce qu’il n’a pas été affronté là où il est né.
Cette logique traverse l’ensemble de l’Écriture. Quand la violence n’est pas nommée, quand la justice est remplacée par la loi du plus fort ou par la vengeance, la société se défait. Le mal n’est jamais isolé : il circule, il se transmet, il s’installe. La Bible affirme ainsi que la violence sexuelle est toujours un fait social, même lorsqu’elle commence dans l’intimité.
Relire Gn 34 aujourd’hui oblige à une lucidité exigeante. Ce texte rappelle que protéger les victimes, écouter leur parole et rendre une justice authentique ne relève pas seulement de la compassion individuelle. C’est une condition de la survie morale des familles, des communautés et des peuples. Là où la violence sexuelle est étouffée ou instrumentalisée, c’est tout le corps social qui entre dans une spirale destructrice.
Le langage choquant du Livre d'Ezechiel
Le prophète mobilise le registre du corps et de la sexualité parce qu’il touche à l’intime, au lien, à la confiance et à la trahison : autant de dimensions centrales dans la relation entre Dieu et son peuple.
Le langage est excessif parce que la situation l’est. Ézéchiel cherche à faire mesurer la gravité d’une infidélité qui conduit à la destruction, à l’oppression et à la mort.
Mais cette puissance symbolique exige une lecture extrêmement encadrée. Ces chapitres ne peuvent pas être lus isolément, ni utilisés comme justification d’un discours violent ou humiliant sur la sexualité. Ils ne parlent pas de pratiques à imiter, mais d’une rupture à dénoncer.
Lire Ézéchiel 16 et 23 avec sérieux conduit ainsi à reconnaître que la Bible elle-même met en scène les ravages d’une relation pervertie par la domination, la possession et la trahison.
Ce que ces récits disent aujourd’hui
Cette parole dérangeante n’est pas une complaisance pour l’horreur, mais une exigence de vérité.
La domination n’est jamais justifiée, même lorsqu’elle s’abrite derrière une position d’autorité, une tradition ou une prétendue normalité sociale.
Ils participent au mal qu’ils laissent se déployer. Là où la vérité n’est pas dite, la violence se transforme, se propage et finit par détruire les relations et les communautés.
On ne peut pas invoquer l’Écriture pour excuser la violence, relativiser les agressions ou spiritualiser ce qui relève du crime. La foi biblique ne transforme jamais la souffrance en vertu, ni l’oppression en épreuve sanctifiante.
Ils refusent aussi radicalement que le poids de la faute soit déplacé sur les victimes. Accuser la victime, c’est prolonger la violence sous une forme morale ou religieuse.
Mais ces textes ne s’arrêtent pas au constat. En obligeant à regarder la violence en face, ils ouvrent un chemin exigeant : celui de la vérité, de la justice et du relèvement.
Lire ces récits aujourd’hui, dans l’Église et dans la société, c’est accepter une responsabilité spirituelle : laisser la Parole déranger nos silences et nous engager du côté des victimes, pour que ce qui a été brisé puisse commencer à être relevé.
Relecture christologique du corps et de la relation
Dans les Évangiles, le corps est toujours un lieu de relation respectée. Jésus s’approche, touche, écoute, mais ne prend jamais. Il ne contraint pas, ne possède pas, n’utilise pas. Son rapport au corps est un rapport de présence, de délicatesse et de reconnaissance.
La relation, telle que Jésus la vit, est toujours non violente. Elle refuse la domination et le pouvoir exercé sur l’autre. Elle redonne à chacun sa place de sujet. Toute utilisation du corps d’autrui est étrangère à l’Évangile.
Relire ces textes à la lumière du Christ, c’est accueillir une espérance incarnée. Une espérance qui ne nie pas la douleur, mais qui affirme que le corps et la relation peuvent être relevés, restaurés, réhabités.
Conclusion : une parole pour tenir ensemble vérité et espérance
Arriver au terme de ce dossier n’est pas anodin.
Les récits traversés sont lourds, parfois éprouvants, souvent dérangeants. Ils parlent de corps blessés, de paroles étouffées, de silences qui font mal. Prendre le temps de les lire, de les affronter sans détour, demande du courage et de la disponibilité intérieure.
Si la Bible ose dire ces réalités, ce n’est pas pour enfermer, ni pour accuser, ni pour accabler.
C’est parce qu’elle prend au sérieux la condition humaine, dans ce qu’elle a de plus fragile et de plus exposé. Elle ne détourne pas le regard quand la violence traverse les relations, les familles ou les institutions. Elle choisit la vérité, non comme une arme, mais comme un chemin.
Ce parcours rappelle trois choses essentielles :
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Dieu n'est pas absent des lieux de blessure.
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Il n’est pas du côté de la domination, ni du déni, ni du silence imposé.
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La parole biblique, même lorsqu’elle est rude, travaille toujours en profondeur pour que la vie puisse reprendre place là où elle a été abîmée.