Les miracles de Jésus
mais des signes qui viennent interroger, déplacer et appeler à croire.
Ils attirent, interrogent, parfois dérangent, car ils ne se laissent pas réduire à de simples faits extraordinaires.
Derrière ce qui se voit, quelque chose se révèle, qui demande à être compris autrement.
Que sont les miracles de Jésus ? Comprendre leur sens
mais comme des actes qui révèlent quelque chose de plus profond.
Ils manifestent une autorité qui ne se limite pas à la puissance,
mais qui touche, relève et transforme la vie de ceux qui les rencontrent.
Dans les Évangiles, ces actes ne sont jamais isolés :
ils s’inscrivent dans une parole, une rencontre, une relation,
et ouvrent à une compréhension plus large de ce que Dieu vient accomplir.
Comprendre les miracles, ce n’est donc pas seulement se demander s’ils ont eu lieu,
mais entrer dans ce qu’ils donnent à voir et à recevoir.
Les miracles de Jésus sur la nature : une autorité qui dépasse le visible
Ces gestes surprennent, car ils semblent dépasser les limites du monde visible, comme si une autre autorité se manifestait.
Ils ne cherchent pas à impressionner, mais à révéler que quelque chose est à l’œuvre, plus grand que ce que l’on perçoit.
Les noces de Cana : un signe qui transforme et révèle
Le récit des noces de Cana est rapporté uniquement dans l’Évangile selon Jean (Jn 2, 1-11).
Tout commence dans une situation simple et profondément humaine : une fête de mariage interrompue par un manque.
Le vin vient à manquer, et avec lui la joie de la célébration.
C’est Marie qui perçoit la situation et la confie à Jésus.
Sans insister, sans expliquer, elle ouvre un espace d’attente.
Elle dit alors aux serviteurs :
« Faites tout ce qu’il vous dira. »
Jésus ne répond pas immédiatement comme on pourrait l’attendre, mais laisse entrevoir que quelque chose se prépare :
« Mon heure n’est pas encore venue. »
Pourtant, le signe advient.
L’eau destinée aux rites de purification devient du vin, en abondance.
Ce qui appartenait à une pratique ancienne est transformé, laissant place à une réalité nouvelle, marquée par la joie et la surabondance.
Le geste reste discret.
Il ne s’impose pas, il ne cherche pas à être vu.
Seuls les serviteurs savent ce qui s’est passé, tandis que les autres goûtent simplement le vin devenu meilleur.
Ce premier signe ouvre une compréhension nouvelle :
Jésus ne vient pas seulement répondre à un manque, mais transformer en profondeur ce qui semblait déjà établi.
Le récit s’achève sur une parole essentielle :
« Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. »
À Cana, le miracle ne se réduit pas à un prodige.
Il révèle une présence, inaugure un chemin, et invite à entrer dans une confiance qui transforme le regard.
La pêche miraculeuse : un appel à faire confiance et à suivre
Le récit de la pêche miraculeuse apparaît dans deux Évangiles (Luc 5, 1-11 et Jean 21, 1-14).
Ici, c’est la version de Luc qui est retenue, car elle se situe au début du ministère de Jésus et porte une dimension fondatrice.
Tout commence par une situation d’échec.
Des pêcheurs expérimentés ont travaillé toute la nuit sans rien prendre.
Leur savoir-faire, leur effort, leur persévérance n’ont rien produit.
Jésus entre alors dans leur réalité. Il ne remplace pas leur travail, mais il y introduit une parole :
« Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. »
La réponse de Pierre est déjà un passage :
« Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. »
Le geste est simple, mais il engage une confiance.
Et c’est là que le signe advient : les filets se remplissent au point de menacer de se rompre.
Face à cette abondance inattendue, Pierre ne s’émerveille pas seulement, il est saisi intérieurement :
« Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. »
Le miracle ne produit pas seulement une réussite, il provoque une prise de conscience, un déplacement du cœur.
Alors Jésus ouvre un avenir :
« Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. »
La pêche miraculeuse ne se réduit pas à une abondance de poissons.
Elle devient un appel, une transformation et une mission.
Ce qui était un métier devient un chemin, et ce qui était un effort devient une réponse à une parole.
La tempête apaisée : une autorité qui traverse la peur
Le récit de la tempête apaisée est rapporté dans les trois Évangiles synoptiques (Matthieu 8, 23-27 ; Marc 4, 35-41 ; Luc 8, 22-25).
Ici, c’est la version de Marc qui est retenue, pour sa force narrative et la tension qu’elle fait apparaître.
Tout commence par une traversée ordinaire.
Jésus est avec ses disciples dans la barque, et rien ne laisse présager ce qui va arriver.
Soudain, une violente tempête se lève.
Le vent se déchaîne, les vagues envahissent la barque, et la situation devient incontrôlable.
Au cœur de cette agitation, Jésus dort.
Cette présence silencieuse contraste avec la peur grandissante des disciples, qui finissent par le réveiller :
« Maître, nous sommes perdus : cela ne te fait rien ? »
Jésus se lève alors et s’adresse aux éléments eux-mêmes :
« Silence, tais-toi ! »
Le vent tombe, la mer devient calme.
Ce qui semblait incontrôlable s’apaise en un instant.
Mais le récit ne s’arrête pas à ce retournement.
Jésus se tourne vers ses disciples :
« Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ? »
Le miracle révèle alors quelque chose de plus profond que la maîtrise des éléments.
Il met en lumière la peur des disciples et la fragilité de leur confiance.
Et la réaction finale ouvre une question décisive :
« Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »
La tempête apaisée ne se limite pas à un geste de puissance.
Elle révèle une autorité qui traverse le chaos, et invite à passer de la peur à une foi encore en chemin.
La multiplication des pains : le don qui dépasse le manque
Le récit de la multiplication des pains apparaît à deux reprises dans les Évangiles :
pour une foule de cinq mille personnes (Matthieu 14, 13-21 ; Marc 6, 31-44 ; Luc 9, 10-17 ; Jean 6, 5-15),
et pour une foule de quatre mille personnes (Matthieu 15, 32-39 ; Marc 8, 1-9).
Ici, c’est le récit des cinq mille qui est retenu, car il est rapporté par les quatre évangélistes et occupe une place centrale.
Tout commence dans un lieu à l’écart, loin des ressources ordinaires.
La foule suit Jésus, attirée par ce qu’elle a vu et entendu.
Mais la situation devient rapidement problématique : il n’y a rien pour nourrir tous ces hommes.
Face à ce manque, les disciples raisonnent en termes de moyens limités.
Jésus, lui, ouvre une autre perspective :
« Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Le peu disponible semble dérisoire : quelques pains, quelques poissons.
Pourtant, ce qui est donné devient lieu d’un passage.
Jésus prend les pains, rend grâce, les rompt et les distribue.
Le geste est simple, mais il ouvre à une réalité inattendue :
tous mangent, et il en reste.
Le manque ne disparaît pas par accumulation, mais par un don qui se partage et se multiplie.
Ce miracle ne se limite pas à nourrir une foule.
Il révèle une manière d’agir où la logique humaine est déplacée :
ce qui paraît insuffisant devient surabondant lorsqu’il est remis entre les mains de Jésus.
La multiplication des pains ouvre ainsi une compréhension nouvelle :
le don ne s’épuise pas en se partageant, il devient au contraire source de vie pour tous.
La marche sur les eaux : une présence au cœur de l’impossible
Le récit de la marche sur les eaux est rapporté dans trois Évangiles (Matthieu 14, 22-33 ; Marc 6, 45-52 ; Jean 6, 16-21).
Ici, c’est la version de Matthieu qui est retenue, car elle met en lumière la relation personnelle entre Jésus et Pierre.
La scène se déroule après la multiplication des pains.
Les disciples sont en mer, confrontés au vent contraire et à la fatigue.
La nuit s’étend, et la situation devient éprouvante.
C’est alors que Jésus vient vers eux, marchant sur la mer.
Sa présence surgit là où aucune issue ne semblait possible, mais elle provoque d’abord la peur :
« C’est un fantôme ! »
Jésus leur parle aussitôt :
« Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! »
Pierre répond en demandant à venir à sa rencontre.
Il descend de la barque et marche sur l’eau.
Mais en voyant la force du vent, il prend peur et commence à s’enfoncer :
« Seigneur, sauve-moi ! »
Jésus tend la main, le saisit et lui dit :
« Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »
Le récit ne s’arrête pas à la maîtrise des éléments.
Il révèle une présence qui rejoint au cœur de l’épreuve, et une foi appelée à grandir au-delà de la peur et du doute.
La marche sur les eaux ne montre pas seulement que Jésus dépasse les limites du monde visible.
Elle ouvre un chemin où l’homme est invité à s’avancer, à risquer la confiance, et à découvrir qu’il peut être relevé même lorsqu’il vacille.
Les miracles de Jésus sur l’homme : guérir, libérer, relever
Ils ne se limitent pas à guérir un corps, mais viennent restaurer, libérer et relever toute une personne.
À travers ces rencontres, quelque chose se joue qui dépasse le simple soulagement : une vie est rendue possible à nouveau.
Le paralytique : relevé dans son corps et pardonné dans son cœur
Le récit de la guérison du paralytique est rapporté dans les trois Évangiles synoptiques (Matthieu 9, 1-8 ; Marc 2, 1-12 ; Luc 5, 17-26).
Ici, c’est la version de Marc qui est retenue, pour sa force narrative et la scène du paralytique descendu par le toit.
La maison est pleine, au point qu’il n’est plus possible d’entrer.
Pourtant, des hommes portent un paralytique jusqu’à Jésus.
Ne pouvant passer par la porte, ils ouvrent le toit et le descendent devant lui.
Ce geste manifeste une foi concrète, déterminée, qui ne s’arrête pas aux obstacles.
Et c’est cette foi que Jésus voit avant toute chose.
Il dit alors au paralytique :
« Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. »
La parole surprend.
Ceux qui sont là s’interrogent intérieurement : qui peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ?
Jésus ne répond pas par une explication, mais par un acte qui rend visible ce qui ne se voit pas :
« Lève-toi, prends ton brancard et marche. »
L’homme se lève, prend ce qui le portait et sort devant tous.
Ce qui était immobilité devient mouvement, ce qui était dépendance devient liberté.
Le miracle ne se limite pas à une guérison physique.
Il révèle que Jésus atteint l’homme en profondeur, là où se joue sa relation à Dieu.
Le paralytique est relevé dans son corps, mais aussi restauré dans son être tout entier.
Ce récit ouvre ainsi une compréhension décisive :
le salut ne sépare pas l’intérieur et l’extérieur, il rejoint l’homme là où il est, pour le relever entièrement.
La femme hémorroïsse : une foi qui ose s’approcher
Le récit de la femme hémorroïsse est rapporté dans les trois Évangiles synoptiques (Matthieu 9, 20-22 ; Marc 5, 24-34 ; Luc 8, 43-48).
Ici, c’est la version de Marc qui est retenue, pour la profondeur du récit et la rencontre qu’elle met en lumière.
Cette femme souffre depuis de nombreuses années.
Sa maladie l’isole, l’épuise et la place en marge.
Rien n’a pu la guérir, malgré tout ce qu’elle a tenté.
Dans la foule qui entoure Jésus, elle s’approche discrètement.
Elle ne parle pas, elle ne demande rien ouvertement, mais elle porte en elle une conviction :
« Si je touche ne serait-ce que ses vêtements, je serai sauvée. »
Elle s’avance, touche le vêtement de Jésus, et aussitôt, la guérison advient.
Mais le récit ne s’arrête pas là.
Jésus s’arrête et cherche à savoir qui l’a touché.
Au milieu de la foule, il perçoit un geste singulier, une foi qui ne s’est pas contentée de rester à distance.
La femme, saisie de crainte, s’avance et dit toute la vérité.
Jésus lui répond alors :
« Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix. »
Le miracle ne se limite pas à une guérison physique.
Ce qui était caché devient relation, ce qui était solitude devient rencontre.
La femme n’est pas seulement guérie, elle est reconnue, relevée, appelée par une parole.
Ce récit révèle une foi qui ose s’approcher, qui traverse la peur et la honte, et qui trouve, dans la rencontre avec Jésus, une vie rendue possible à nouveau.
Le démoniaque : une libération qui rend à la vie
Le récit du démoniaque est rapporté dans les trois Évangiles synoptiques (Matthieu 8, 28-34 ; Marc 5, 1-20 ; Luc 8, 26-39).
Ici, c’est la version de Marc qui est retenue, pour la force du récit et la transformation qu’elle met en lumière.
Jésus arrive dans un territoire étranger, à l’écart.
Là, il rencontre un homme en proie à une violence qui le dépasse.
Il vit isolé, hors de la communauté, incapable de se contenir, comme coupé de lui-même et des autres.
Rien n’a pu le maîtriser.
Les chaînes n’ont pas suffi, et toute tentative de le contenir a échoué.
Face à Jésus, quelque chose se joue immédiatement.
L’homme reconnaît une présence qui le dépasse :
« Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu très-haut ? »
Jésus ne se laisse pas arrêter par ce désordre apparent.
Il rejoint l’homme au cœur de ce qui le divise et l’enferme.
La libération advient.
Ce qui tenait cet homme captif est expulsé, et le chaos intérieur laisse place à une paix retrouvée.
Le récit souligne alors un changement radical : l’homme est désormais assis, vêtu et dans son bon sens.
Ce miracle ne se limite pas à une délivrance spectaculaire.
Il révèle une restauration profonde : un homme est rendu à lui-même, aux autres et à la vie.
Jésus lui ouvre même un chemin :
« Va dans ta maison, auprès des tiens, et raconte ce que le Seigneur a fait pour toi. »
La libération devient ainsi témoignage.
Celui qui était exclu devient porteur d’une parole.
Ce récit montre que rien n’est hors de portée de cette rencontre.
Même ce qui semble enfermer totalement peut être rejoint et transformé en un chemin de vie retrouvée.
L’aveugle : passer de l’obscurité à la reconnaissance
Le récit de l’aveugle-né est propre à l’Évangile selon Jean (Jean 9, 1-41).
Il ne s’agit pas seulement d’une guérison, mais d’un chemin qui conduit de l’obscurité à la foi.
Jésus rencontre un homme aveugle de naissance.
Cette situation semble sans issue, comme inscrite dans son existence même.
Jésus ne s’arrête pas à une explication, mais agit : il fait de la boue, l’applique sur les yeux de l’homme, et lui dit d’aller se laver.
L’homme obéit, et il voit.
Mais le récit ne s’arrête pas à ce moment.
Ce qui suit est un chemin progressif.
Interrogé par ceux qui l’entourent, il tente de dire ce qui lui est arrivé.
Peu à peu, sa parole évolue, sa compréhension s’approfondit.
Face aux interrogations et aux oppositions, il affirme simplement ce qu’il a vécu :
« J’étais aveugle, maintenant je vois. »
Tandis que lui avance vers la lumière, d’autres, sûrs de leur savoir, refusent de reconnaître ce qui se passe.
Jésus le retrouve alors et l’appelle à aller plus loin :
« Crois-tu au Fils de l’homme ? »
L’homme passe de la guérison à la rencontre... et de la rencontre à la foi.
Ce récit ne parle pas seulement de la vue retrouvée.
Il révèle un chemin intérieur : voir ne suffit pas, il s’agit de reconnaître.
L’aveugle-né devient ainsi témoin d’une lumière reçue, non seulement dans ses yeux, mais dans sa manière de comprendre et d’entrer en relation avec Jésus.
Lazare : la vie donnée au-delà de la mort
Le récit de Lazare est propre à l’Évangile selon Jean (Jean 11, 1-44).
Il marque un moment décisif, où la question de la vie et de la mort est affrontée directement.
Lazare est malade, puis il meurt.
Lorsque Jésus arrive, tout semble déjà terminé.
La mort est là, installée, irréversible.
Marthe vient à sa rencontre et lui dit :
« Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. »
Jésus ne répond pas en expliquant. Il ouvre un horizon :
« Moi, je suis la résurrection et la vie. »
Devant le tombeau, il est profondément touché.
Le récit le montre bouleversé, partageant la douleur de ceux qui sont là.
Puis il ordonne :
« Enlevez la pierre. »
Face à ce qui semble définitivement clos, un geste est demandé.
Jésus appelle alors d’une voix forte :
« Lazare, viens dehors ! »
Et celui qui était mort sort du tombeau.
Le miracle ne se déploie pas dans l’éclat, mais dans une parole qui rejoint l’homme jusque dans la mort.
Lazare est rendu à la vie, mais le signe ouvre plus loin encore :
il révèle une présence qui ne s’arrête pas aux limites humaines et qui vient appeler à la vie là où tout semblait perdu.
Ce récit ne se comprend pas seulement comme un retour à la vie, mais comme une annonce :
la vie donnée ne dépend pas des conditions visibles, elle est appelée, reçue, et offerte au-delà même de la mort.
Pourquoi Jésus fait-il des miracles ? Leur sens théologique
Ils ne cherchent pas à prouver quelque chose de manière extérieure, mais à révéler une réalité plus profonde qui se donne à voir dans l’histoire.
Dans les Évangiles, ces actes sont inséparables d’une parole et d’une rencontre.
Ils surgissent dans des situations concrètes, au cœur de vies marquées par la souffrance, le manque ou l’attente,
et ouvrent un espace où quelque chose de nouveau devient possible.
Leur première dimension est celle du signe.
Ils ne s’arrêtent pas à eux-mêmes, mais orientent vers celui qui les accomplit et vers ce qu’il vient révéler.
Voir un miracle, ce n’est pas seulement constater un fait, c’est être invité à reconnaître une présence et à entrer dans une relation.
Ces signes manifestent également la venue du Royaume de Dieu.
Dans ces gestes, le monde tel qu’il est n’est pas simplement corrigé ou amélioré,
il est déjà traversé par une réalité nouvelle :
la vie reprend là où elle semblait empêchée,
la liberté surgit là où il y avait enfermement,
et l’espérance s’ouvre là où tout paraissait fermé.
Les miracles posent ainsi une question essentielle :
comment répondre à ce qui est donné ?
Certains s’émerveillent sans aller plus loin, d’autres refusent de voir, d’autres encore entrent dans une confiance qui transforme leur regard et leur vie.
Enfin, les miracles ne sont jamais une fin en soi.
Ils conduisent toujours au-delà d’eux-mêmes, vers une reconnaissance plus profonde de qui est Jésus
et de ce que Dieu accomplit à travers lui.
Comprendre les miracles, c’est donc passer du constat à l’accueil,
du visible à ce qui se révèle,
et entrer dans une foi qui ne se contente pas de voir, mais qui reconnaît et reçoit.
Les miracles de Jésus dans chaque Évangile : quatre regards complémentaires
Chaque évangéliste les inscrit dans une perspective propre, mettant en lumière un aspect particulier de ce qu’ils révèlent.
Les lire ensemble permet d’en percevoir toute la richesse, et d’entrer plus profondément dans leur sens.
Marc : la puissance en action
Dans l’Évangile selon Marc, les miracles sont présentés avec une grande sobriété et une forte intensité.
Le récit va à l’essentiel, sans s’attarder sur des explications prolongées.
Jésus agit, et ce qu’il fait frappe immédiatement.
Les guérisons, les libérations et les gestes sur la nature apparaissent comme des manifestations directes d’une autorité qui ne se discute pas.
Cette dynamique donne au texte un rythme rapide, presque pressant.
Les événements s’enchaînent, et le lecteur est saisi avant même d’avoir le temps d’analyser.
Les réactions sont souvent marquées par l’étonnement, la crainte ou la stupeur.
Quelque chose dépasse les repères habituels et ouvre une question plus profonde.
Les miracles, chez Marc, ne sont pas développés pour eux-mêmes. Ils conduisent à une interrogation centrale :
qui est celui qui agit ainsi ?
Avant de comprendre, il faut accepter d’être atteint.
Les miracles deviennent alors des événements qui déplacent et qui introduisent progressivement à la reconnaissance du mystère de Jésus.
Matthieu : l’accomplissement des promesses
Dans l’Évangile selon Matthieu, les miracles s’inscrivent dans une continuité avec les Écritures.
Ils ne surgissent pas comme des événements isolés, mais comme des signes qui accomplissent ce qui avait été annoncé.
Jésus y apparaît comme celui en qui les promesses prennent corps.
Les gestes qu’il accomplit viennent confirmer une attente et donner à voir que le temps de l’accomplissement est arrivé.
Les miracles ne sont pas seulement des actes de puissance, ils manifestent que Dieu agit en fidélité à sa parole.
Cette perspective donne une unité particulière au récit.
Ce qui se passe sous les yeux des témoins ne renvoie pas seulement à l’instant présent, mais s’inscrit dans une histoire plus large.
Les miracles deviennent ainsi des signes de reconnaissance :
ils permettent de discerner en Jésus celui qui accomplit ce qui était attendu.
Chez Matthieu, voir un miracle, c’est être invité à reconnaître que ce qui avait été promis est en train de se réaliser.
Luc : la compassion qui relève
Dans l’Évangile selon Luc, les miracles prennent souvent la forme de rencontres.
Ils se situent au cœur de situations humaines marquées par la fragilité, l’exclusion ou la souffrance.
Jésus ne se contente pas d’agir, il s’approche, regarde, écoute et rejoint les personnes là où elles se trouvent.
Les gestes qu’il accomplit révèlent une attention particulière à ceux qui sont laissés de côté :
les pauvres, les malades, les étrangers, ceux que la société tient à distance.
Les miracles deviennent ainsi des lieux de relèvement.
Ils restaurent des vies, redonnent une place, et ouvrent un avenir là où tout semblait fermé.
Cette dimension donne au récit une tonalité profondément humaine.
Le salut n’est pas abstrait : il se manifeste dans des situations concrètes, dans des histoires singulières.
Chez Luc, les miracles disent que personne n’est hors de portée.
Ils révèlent une compassion qui ne reste pas à distance, mais qui vient rejoindre et relever chacun.
Jean : des signes pour croire
Dans l’Évangile selon Jean, les miracles ne sont jamais appelés ainsi.
Ils sont désignés comme des signes, c’est-à-dire des réalités visibles qui renvoient à une vérité plus profonde.
Chaque signe ne s’arrête pas à ce qu’il produit.
Il ouvre à une révélation : il dit quelque chose de l’identité de Jésus et invite à entrer dans une compréhension qui dépasse le simple constat.
Ces signes sont peu nombreux, mais longuement développés.
Ils sont insérés dans des dialogues, des tensions, des incompréhensions, qui obligent à passer du visible à l’invisible.
Voir ne suffit pas.
Certains assistent aux signes sans reconnaître ce qu’ils révèlent, tandis que d’autres y découvrent une présence et s’ouvrent à la foi.
Le signe devient ainsi un lieu de décision.
Il ne contraint pas, il appelle.
Il ne s’impose pas comme une preuve, mais se propose comme une lumière à accueillir.
Chez Jean, les miracles conduisent toujours plus loin :
ils orientent vers une relation, vers une parole à recevoir et vers une vie donnée à celui qui croit.
Les signes ne se comprennent pleinement que lorsqu’ils sont reconnus.
Ils ne transforment pas seulement ce qui est vu, mais celui qui accepte d’y entrer.
Voir l’ensemble des miracles dans les Évangiles
Cette page en présente quelques-uns pour en comprendre le sens,
mais il est possible d’en avoir une vision plus complète à travers la liste ci-dessous à télécharger.
Les miracles de Jésus aujourd’hui : comment les comprendre encore ?
Certains les accueillent sans difficulté,
d’autres les interrogent, voire les mettent en doute,
comme s’ils appartenaient à un autre temps ou à une autre manière de comprendre le monde.
La question n’est pas seulement de savoir s’ils ont eu lieu,
mais de comprendre ce qu’ils signifient encore pour nous.
Les lire aujourd’hui demande de ne pas les réduire à une opposition entre croire ou ne pas croire,
mais d’entrer dans ce qu’ils révèlent.
Dans les Évangiles, les miracles ne sont jamais donnés comme des preuves imposées.
Ils laissent toujours place à une liberté :
certains voient et ne reconnaissent pas,
d’autres perçoivent quelque chose qui transforme leur regard.
Cette dimension demeure aujourd’hui.
Lire les miracles aujourd’hui, c’est accepter de se laisser déplacer.
Non pas chercher d’abord à expliquer ce qui s’est produit,
mais se demander ce que cela révèle de Dieu
et ce que cela engage dans notre manière de vivre et de croire.
Ils ne nous invitent pas à attendre des manifestations extraordinaires,
mais à reconnaître que Dieu agit, souvent de manière discrète,
en relevant, en libérant et en ouvrant des chemins là où ils semblaient fermés.
Ainsi, les miracles de Jésus ne sont pas enfermés dans le passé.
Ils demeurent une parole vivante,
qui continue d’interroger, d’ouvrir et d’appeler à une foi qui ne se contente pas de comprendre,
mais qui s’engage et se reçoit.
Entrer plus loin : lire les miracles à la lumière des Évangiles
mais à être reconnus comme des signes qui appellent à croire et à changer de regard.