Le Siracide (le Livre de Ben Sira le Sage)

Le Livre de Ben Sira le Sage nous fait entrer dans une sagesse profondément incarnée, enracinée dans l’expérience concrète de la vie humaine et éclairée par la foi en Dieu. Ici, la sagesse n’est pas une idée abstraite ni une réflexion détachée du réel : elle se transmet, s’apprend et se met en pratique jour après jour. Elle concerne la parole que l’on prononce, les relations que l’on tisse, les choix que l’on pose, la manière d’affronter l’épreuve comme celle de recevoir la joie.

Ben Sira parle en maître. Il observe le monde tel qu’il est, sans naïveté, et enseigne avec une autorité paisible, née de l’expérience et de la fidélité à la tradition d’Israël. Sa sagesse est exigeante, parfois directe, mais toujours orientée vers la vie juste. Elle ne promet ni le succès facile ni l’absence de souffrance, mais elle ouvre un chemin de discernement, de patience et de maîtrise de soi, sous le regard de Dieu.

Ce livre se situe à un moment charnière de l’histoire du peuple juif, confronté à de nouvelles influences culturelles et à des bouleversements profonds. Face à ces défis, Ben Sira rappelle que la vraie sagesse demeure enracinée dans la crainte du Seigneur, dans l’écoute de la Loi et dans la mémoire vivante de la foi transmise. Ainsi, le Siracide apparaît comme une école de sagesse pour le quotidien, où l’homme apprend à habiter le monde avec justesse, humilité et confiance, en marchant devant Dieu.


Auteur probable

Auteur probable

L’auteur du Livre de Ben Sira le Sage est connu avec une rare précision pour un écrit de sagesse biblique. Il s’agit de Jésus ben Sira, aussi appelé Ben Sirach, un sage juif de Jérusalem, profondément enraciné dans la tradition d’Israël. Le livre porte clairement la marque de son enseignement et de son autorité, assumée non comme une domination, mais comme une responsabilité de maître.

Ben Sira apparaît comme un homme formé à l’étude de la Loi, attentif à l’histoire de son peuple et soucieux de transmettre une sagesse éprouvée par l’expérience. Il ne parle pas depuis une position abstraite : ses conseils naissent de l’observation du cœur humain, des relations sociales et des réalités concrètes de la vie quotidienne. Tout indique qu’il dirigeait une forme d’école de sagesse, où l’on venait recevoir un enseignement destiné à former à la fois la conduite et la foi.

Un élément singulier renforce encore cette figure d’auteur : le livre nous est parvenu accompagné d’un prologue rédigé par son petit-fils, qui en réalisa la traduction grecque. Ce témoignage rare confirme l’identité de l’auteur et la volonté explicite de transmettre son enseignement au-delà de son cadre originel. La sagesse de Ben Sira se présente ainsi comme un héritage vivant, reçu d’un maître et confié à d’autres, afin de continuer à éclairer ceux qui cherchent à marcher avec justesse devant Dieu.


Datation

Datation

Le Livre de Ben Sira le Sage a été rédigé au début du IIᵉ siècle avant notre ère, généralement situé entre 190 et 180 av. J.-C. Cette datation repose à la fois sur des indices internes au texte et sur le témoignage historique conservé dans le prologue grec du livre.

Ben Sira écrit dans un contexte de profondes mutations culturelles. Le monde juif est alors confronté à l’influence croissante de la culture hellénistique, qui transforme les modes de pensée, l’éducation et les valeurs sociales. Face à ces évolutions, le livre ne se place ni dans le rejet ni dans l’assimilation, mais dans un discernement lucide, cherchant à enraciner la vie quotidienne dans la fidélité à la tradition d’Israël.

La traduction grecque du livre, réalisée vers 132 av. J.-C. par le petit-fils de Ben Sira, confirme cette période de rédaction. Elle témoigne aussi de la volonté de transmettre cette sagesse au-delà du cadre linguistique et géographique d’origine. Ainsi, le Siracide s’inscrit à un moment charnière, où la sagesse biblique se fait à la fois mémoire fidèle et parole vivante pour un monde en transformation.


Style d'écriture

Style d’écriture

Le Livre de Ben Sira le Sage appartient pleinement au genre sapientiel, mais il s’en distingue par un style résolument pédagogique et concret. L’écriture est faite de maximes, d’exhortations et de conseils directs, souvent adressés à la deuxième personne, comme dans un dialogue entre un maître et ses disciples.

Ben Sira ne cherche pas l’effet littéraire ni la spéculation abstraite. Son style est volontairement clair, parfois ferme, toujours orienté vers la formation de la conscience. Les images sont tirées de la vie quotidienne, les situations évoquées sont réalistes, et la sagesse se déploie dans des domaines très concrets : la parole, les relations humaines, le travail, l’amitié, la maîtrise de soi.

Cette écriture assume une autorité tranquille. Elle n’impose pas, mais elle enseigne ; elle ne condamne pas, mais elle avertit. Le style de Ben Sira reflète ainsi une sagesse mûrie, transmise avec gravité et bienveillance, destinée à guider celui qui cherche à vivre avec justesse devant Dieu, au cœur des réalités ordinaires de l’existence.


Canonicité

Canonicité

Le Livre de Ben Sira le Sage occupe une place particulière dans la Bible. Il est reconnu comme livre deutérocanonique dans la tradition catholique et dans les Églises orthodoxes, où il est reçu comme Écriture inspirée et largement utilisé dans la liturgie et l’enseignement.

Dans la tradition juive et dans certaines traditions chrétiennes issues de la Réforme, le livre n’est pas intégré au canon biblique, principalement en raison de sa transmission en grec et de sa diffusion tardive. Cette différence de réception n’enlève rien à l’importance spirituelle et morale du Siracide, qui a profondément marqué la formation des consciences au fil des siècles.

Dès les premiers temps de l’Église, le Livre de Ben Sira a été lu, commenté et médité comme un guide de vie chrétienne. Sa sagesse concrète, son sens aigu de la responsabilité humaine et son enracinement dans la foi d’Israël en ont fait un texte de référence pour l’éducation morale et spirituelle. Ainsi, le Siracide demeure un livre reçu, transmis et vécu dans la tradition vivante de l’Église.


Introduction aux grands thèmes du Livre de la Sagesse

Introduction aux thèmes

Le Livre de Ben Sira le Sage ne propose pas une sagesse détachée du réel, mais un art de vivre éclairé par la foi. Les thèmes qui le traversent ne sont pas organisés selon un système théorique : ils émergent de l’expérience humaine, de l’observation attentive des comportements, des relations et des choix qui façonnent une vie. Cette sagesse se déploie dans la continuité du quotidien, là où se jouent la parole, la fidélité, la patience et la responsabilité.

Au cœur de cette œuvre se trouve une conviction fondamentale : la vraie sagesse vient de Dieu et se reconnaît à ses fruits. Elle ne se mesure ni à l’habileté du discours ni à la réussite extérieure, mais à la justesse intérieure de celui qui marche devant le Seigneur. C’est pourquoi Ben Sira relie sans cesse la crainte de Dieu à la conduite humaine, la prière à l’action, la Loi à la vie concrète. La sagesse n’est pas un savoir à posséder, mais un chemin à parcourir.

Les grands thèmes du Siracide dessinent ainsi une école de discernement. Ils enseignent comment parler sans blesser, comment choisir ses relations, comment traverser l’épreuve sans perdre confiance, comment accueillir la tradition comme une source vivante, et non comme un poids. Chaque thème renvoie à une manière d’habiter le monde avec justesse, en tenant ensemble la lucidité sur l’homme et la confiance en Dieu.

Entrer dans les thèmes du Livre de Ben Sira, c’est accepter de se laisser former. C’est consentir à une sagesse patiente, parfois exigeante, mais profondément humaine, qui accompagne la vie dans ses tensions et ses fragilités. À travers ces enseignements, le lecteur est invité non seulement à comprendre, mais à apprendre à vivre, à la lumière d’une foi enracinée et d’une expérience longuement éprouvée.


La sagesse comme don de Dieu et fruit de l’écoute

La sagesse vient de Dieu

Pour Ben Sira, la sagesse a une origine claire et non négociable : elle vient de Dieu. Elle ne peut être produite par la seule intelligence humaine ni acquise par l’habileté ou l’ambition. Toute tentative de sagesse coupée de Dieu conduit à une illusion de maîtrise, mais non à la vie juste.

Cette affirmation donne au livre son orientation fondamentale. La sagesse n’est jamais un bien à posséder, mais un don à recevoir. Elle place l’homme dans une attitude de reconnaissance et d’humilité, rappelant que la source de toute lumière se trouve au-delà de lui.

« Toute sagesse vient du Seigneur, elle est avec lui pour toujours. » (Siracide 1, 1)

L’écoute, chemin d’apprentissage

Recevoir la sagesse suppose une attitude intérieure fondamentale : l’écoute. Ben Sira insiste sur la disponibilité du cœur, capable d’accueillir l’enseignement, de recevoir la correction et de reconnaître ses propres limites. La sagesse ne s’impose pas, elle se laisse accueillir.

Écouter signifie prêter attention à Dieu, aux maîtres, à l’expérience et à la tradition. Celui qui refuse d’écouter se ferme au chemin de la sagesse, tandis que celui qui accepte d’être enseigné entre dans une dynamique de croissance intérieure.

« Si tu aimes écouter, tu apprendras, et si tu prêtes l’oreille, tu deviendras sage. » (Siracide 6, 33)

Humilité et docilité du cœur

La sagesse, telle que la présente Ben Sira, est inséparable de l’humilité. L’homme orgueilleux, sûr de lui-même, se rend incapable de recevoir. À l’inverse, la docilité du cœur ouvre un espace où la sagesse peut s’enraciner et porter du fruit.

Cette humilité n’est ni faiblesse ni résignation. Elle est lucidité sur soi et confiance en Dieu. Elle permet à l’homme de reconnaître qu’il a toujours à apprendre et à se laisser ajuster, dans la patience et la fidélité.

« Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser, et tu trouveras grâce devant le Seigneur. » (Siracide 3, 18)

Une sagesse qui porte des fruits

La sagesse reçue de Dieu et accueillie dans l’écoute se reconnaît à ses fruits. Elle transforme la manière de vivre, de parler et d’agir. Pour Ben Sira, la sagesse ne reste jamais théorique : elle façonne une conduite juste et une relation droite aux autres.

Celui qui marche dans la sagesse trouve une stabilité intérieure, même au cœur des épreuves. La sagesse devient alors une compagne fidèle, source de joie profonde et de paix durable, parce qu’elle s’enracine dans la relation avec Dieu.

« La sagesse élève ses fils et prend soin de ceux qui la cherchent. » (Siracide 4, 11)


La maîtrise de la parole

La parole, puissance de vie ou de mort

Pour Ben Sira, la parole n’est jamais neutre. Elle possède une force capable de construire ou de détruire, de guérir ou de blesser profondément. L’homme sage est celui qui reconnaît cette puissance et refuse de parler à la légère.

La sagesse consiste à mesurer ses paroles, à discerner le moment opportun et à comprendre que ce qui sort de la bouche révèle le cœur. Une parole mal maîtrisée peut ruiner des relations et entraîner des conséquences durables.

« Beaucoup sont tombés par le tranchant de l’épée, mais non autant que par la langue. » (Siracide 28, 18)

Le silence comme sagesse intérieure

Ben Sira valorise fortement le silence, non comme un refus de parler, mais comme une condition de la parole juste. Le silence permet d’écouter, de réfléchir et de laisser mûrir ce qui doit être dit.

Celui qui parle trop s’expose à l’erreur et à l’injustice, tandis que celui qui sait se taire manifeste une sagesse intérieure. Le silence devient ainsi un lieu de discernement et de maîtrise de soi.

« L’homme sensé garde le silence jusqu’au moment favorable. » (Siracide 20, 7)

La parole mesurée et vraie

La sagesse de Ben Sira appelle à une parole mesurée, simple et vraie. Il ne s’agit pas seulement d’éviter le mensonge, mais de refuser toute parole excessive, blessante ou inutile. La parole sage cherche la vérité et la paix.

Parler avec sagesse, c’est ajuster ses mots à la réalité et aux personnes. La parole devient alors un acte de responsabilité, capable d’édifier et de soutenir plutôt que de dominer ou d’humilier.

« Le discours du sage est recherché dans l’assemblée, on médite ses paroles dans le cœur. » (Siracide 21, 17)

La parole qui révèle le cœur

Pour Ben Sira, la parole est un révélateur intérieur. Ce que l’homme dit manifeste ce qu’il est réellement. La sagesse invite donc à un travail du cœur autant qu’à une discipline du langage.

Une parole juste naît d’un cœur ajusté à Dieu. Lorsque l’intérieur est pacifié et habité par la sagesse, la parole devient source de bénédiction, de paix et de vérité dans les relations humaines.

« Le fruit révèle la qualité de l’arbre ; ainsi la parole révèle les pensées du cœur. » (Siracide 27, 6)


Les relations humaines

L’amitié, lieu de fidélité et d’épreuve

Pour Ben Sira, l’amitié est l’un des lieux les plus précieux et les plus fragiles de la vie humaine. Le véritable ami ne se révèle pas dans la facilité, mais dans l’épreuve. La sagesse consiste à discerner les relations authentiques de celles qui reposent sur l’intérêt ou l’opportunisme.

L’ami fidèle est présenté comme un bien rare, source de sécurité et de paix. Le Siracide invite ainsi à une grande prudence dans le choix de ses relations, mais aussi à une fidélité profonde une fois l’amitié éprouvée.

« Un ami fidèle est un abri sûr ; celui qui l’a trouvé a trouvé un trésor. » (Siracide 6, 14)

La famille, école de responsabilité

La sagesse de Ben Sira accorde une place centrale aux relations familiales. La famille est présentée comme un lieu de transmission, d’éducation et de responsabilité mutuelle. Elle n’est pas idéalisée, mais reconnue dans sa mission formatrice.

Honorer ses parents, prendre soin des proches et assumer son rôle familial sont des expressions concrètes de la sagesse. À travers ces relations, l’homme apprend la fidélité, la patience et le respect de l’ordre voulu par Dieu.

« Celui qui honore son père expie ses péchés. » (Siracide 3, 3)

La prudence dans la vie sociale

Ben Sira observe avec lucidité les relations sociales, marquées par la diversité des caractères, des intérêts et des statuts. Il invite à une grande prudence dans les fréquentations et à une sagesse attentive aux situations.

La sagesse sociale ne consiste pas à se replier sur soi, mais à agir avec discernement, justice et respect. Elle cherche à préserver la paix et à éviter les conflits inutiles, sans renoncer à la vérité.

« Acquiers un ami dans l’épreuve, et ne te hâte pas de te confier à lui. » (Siracide 6, 7)

La sagesse relationnelle comme chemin de paix

À travers l’ensemble de ses enseignements, Ben Sira montre que la sagesse se vérifie dans la qualité des relations humaines. Une vie juste se reconnaît à la manière de traiter les autres, avec droiture, patience et miséricorde.

Les relations humaines deviennent ainsi un lieu de croissance spirituelle. En apprenant à aimer avec justesse, à pardonner et à persévérer dans la fidélité, l’homme sage contribue à bâtir la paix et à refléter la sagesse reçue de Dieu.

« Ceux qui craignent le Seigneur trouvent de vrais amis. » (Siracide 6, 16)


L'épreuve

L’épreuve, passage inévitable de la vie juste

Pour Ben Sira, l’épreuve ne constitue pas une anomalie dans la vie du juste. Elle fait partie du chemin de celui qui cherche à marcher devant Dieu. Entrer dans la sagesse ne met pas à l’abri des difficultés, mais expose au contraire à des combats intérieurs et extérieurs.

Dès l’ouverture de son enseignement, Ben Sira avertit le disciple : suivre le Seigneur demande une préparation du cœur. La sagesse commence par une lucidité sur la condition humaine et sur la réalité de l’épreuve.

« Mon fils, si tu viens servir le Seigneur, prépare ton âme à l’épreuve. » (Siracide 2, 1)

La patience comme attitude du sage

Face à l’épreuve, Ben Sira met en avant une vertu centrale : la patience. Elle n’est ni passivité ni résignation, mais persévérance confiante dans le temps. Le sage apprend à ne pas se laisser emporter par l’impatience ou le découragement.

La patience permet de traverser les difficultés sans rompre la relation avec Dieu. Elle ouvre un espace intérieur où l’homme demeure fidèle, même lorsque les réponses tardent à venir.

« Tout ce qui t’arrive, accepte-le ; dans les revers, sois patient. » (Siracide 2, 4)

L’épreuve comme purification intérieure

Ben Sira interprète l’épreuve comme un lieu de purification. Elle révèle la solidité de la foi et dépouille l’homme de ses illusions. Comme le feu éprouve les métaux, l’épreuve éprouve le cœur.

Cette purification n’a pas pour but d’écraser, mais de faire grandir. Elle affine la confiance, purifie l’intention et recentre la vie sur l’essentiel. La sagesse se forge dans ce travail intérieur, souvent discret et silencieux.

« Car l’or s’éprouve au feu, et les hommes agréables à Dieu dans le creuset de l’humiliation. » (Siracide 2, 5)

La confiance du juste au cœur de la souffrance

Au cœur de l’épreuve, Ben Sira invite à une confiance radicale en Dieu. Le juste n’est pas celui qui comprend tout, mais celui qui s’en remet au Seigneur sans se détourner de lui. La sagesse consiste à tenir, même dans l’obscurité.

Cette confiance ouvre un horizon d’espérance. Elle rappelle que Dieu ne délaisse pas ceux qui s’attachent à lui et que l’épreuve n’a jamais le dernier mot. La patience du juste devient alors témoignage de foi vivante.

« Vous qui craignez le Seigneur, espérez en ses bienfaits ; ne vous détournez pas, de peur de tomber. » (Siracide 2, 9)


La crainte du Seigneur

La crainte du Seigneur, principe de la sagesse

Pour Ben Sira, la crainte du Seigneur est le fondement de toute sagesse. Elle ne constitue pas une étape parmi d’autres, mais le point de départ et l’orientation permanente de la vie sage. Sans cette crainte, la sagesse perd son enracinement et se réduit à une simple habileté humaine.

La crainte du Seigneur exprime une juste relation à Dieu : reconnaissance de sa grandeur, respect de sa présence et désir de marcher selon sa volonté. Elle ouvre l’homme à une sagesse reçue, non fabriquée.

« Le principe de la sagesse, c’est la crainte du Seigneur. » (Siracide 1, 14)

Une crainte qui libère, non qui enferme

Ben Sira insiste sur le caractère libérant de la crainte du Seigneur. Elle n’est ni peur servile ni angoisse devant un Dieu menaçant. Elle est une attitude intérieure faite de confiance, d’attachement et de respect.

Celui qui craint le Seigneur ne vit pas dans la crainte des hommes ou des circonstances. La crainte de Dieu délivre des fausses sécurités et donne une liberté intérieure, enracinée dans la confiance en sa fidélité.

« La crainte du Seigneur est gloire et fierté, joie et couronne d’allégresse. » (Siracide 1, 11)

Une attitude qui façonne toute la vie

La crainte du Seigneur ne se limite pas à une disposition intérieure : elle oriente concrètement la conduite. Elle inspire des choix justes, une parole mesurée et une relation droite aux autres.

Pour Ben Sira, celui qui craint le Seigneur apprend à discerner le bien du mal dans les situations concrètes. La crainte devient ainsi une sagesse incarnée, visible dans les actes et les décisions quotidiennes.

« Celui qui craint le Seigneur fera le bien. » (Siracide 15, 1)

Promesse de vie et de paix intérieure

Ben Sira associe étroitement la crainte du Seigneur à la promesse de vie. Elle apporte stabilité, paix intérieure et espérance durable. Celui qui s’enracine dans cette crainte ne sera pas abandonné.

La sagesse atteint ici son accomplissement : vivre devant Dieu dans la confiance, même au cœur des incertitudes. La crainte du Seigneur devient alors une source de bénédiction et un chemin de vie véritable.

« La crainte du Seigneur est une source de vie. » (Siracide 1, 16)


La Loi, la tradition et la mémoire d'Israël

La Loi comme chemin de sagesse

Pour Ben Sira, la Loi n’est pas une contrainte extérieure imposée à l’homme, mais un chemin de sagesse offert par Dieu. Elle éclaire la conduite humaine et permet de discerner ce qui conduit à la vie. La sagesse et la Loi ne s’opposent jamais : elles se répondent et s’éclairent mutuellement.

Observer la Loi, c’est entrer dans une manière juste de vivre, accordée à la volonté de Dieu. La sagesse trouve ainsi dans la Loi un ancrage solide, capable de guider l’homme dans ses choix quotidiens.

« Toute sagesse est crainte du Seigneur, et toute sagesse consiste à accomplir la Loi. » (Siracide 19, 20)

Une sagesse enracinée dans la tradition

Ben Sira s’inscrit résolument dans la continuité de la tradition d’Israël. Il ne prétend pas inventer une sagesse nouvelle, mais transmettre un héritage reçu. La mémoire des générations passées devient une source vivante pour éclairer le présent.

La sagesse s’enracine dans cette transmission fidèle, où l’enseignement des anciens nourrit la réflexion et la conduite des vivants. La tradition n’est pas un poids, mais une mémoire qui fait vivre.

« Attache-toi aux récits des anciens et médite-les sans cesse. » (Siracide 6, 35)

La mémoire des justes comme enseignement

Le Siracide accorde une place importante à la mémoire des justes qui ont précédé. Leur vie devient un enseignement pour les générations suivantes. Se souvenir, c’est apprendre à reconnaître les chemins de fidélité déjà tracés.

Cette mémoire n’est pas nostalgique. Elle nourrit l’espérance et invite à poursuivre l’histoire de l’alliance. En contemplant la fidélité des anciens, le lecteur est appelé à inscrire sa propre vie dans cette continuité.

« Faisons l’éloge des hommes illustres, nos pères selon leurs générations. » (Siracide 44, 1)

Transmettre pour faire vivre

La Loi et la mémoire d’Israël trouvent leur accomplissement dans la transmission. Pour Ben Sira, la sagesse ne peut rester enfermée : elle doit être enseignée, partagée et confiée à d’autres. La transmission est un acte de fidélité et de responsabilité.

En transmettant la sagesse reçue, l’homme participe à une mémoire vivante qui traverse le temps. Ainsi, la Loi demeure une source de vie, non par la répétition figée, mais par une fidélité toujours renouvelée.

« N’empêche pas la sagesse de se transmettre à ceux qui la cherchent. » (Siracide 4, 11)


Influence du Siracide

Influence du Livre de Ben Sira

Le Livre de Ben Sira le Sage a exercé une influence profonde et durable, bien au-delà de son contexte historique immédiat. Dans le judaïsme tardif, il a contribué à façonner une sagesse enracinée dans la Loi, attentive à la vie quotidienne et à la formation morale. Son enseignement a nourri des générations de croyants confrontés aux tensions entre fidélité à la tradition et mutations culturelles.

Dans la tradition chrétienne, le Siracide a occupé une place privilégiée dès les premiers siècles. Largement cité par les Pères de l’Église, il a été utilisé comme un véritable manuel de sagesse et de formation spirituelle. Sa réflexion sur la parole, l’humilité, la patience dans l’épreuve et la crainte du Seigneur trouve de nombreux échos dans l’enseignement du Nouveau Testament, sans jamais être citée de manière polémique, mais comme un socle partagé.

Le livre a également marqué la liturgie et la catéchèse chrétiennes. Ses exhortations claires, son sens aigu de la responsabilité humaine et sa sagesse incarnée en ont fait un texte privilégié pour l’éducation des consciences. Le Siracide apparaît ainsi comme un pont entre la sagesse d’Israël et la sagesse chrétienne, préparant les cœurs à reconnaître une Parole appelée à se faire chair dans l’histoire.


Conclusion

Conclusion

Le Livre de Ben Sira le Sage offre une sagesse profondément enracinée dans la vie réelle, attentive aux relations humaines, aux épreuves, à la parole et au temps. Il ne cherche pas à résoudre tous les mystères de l’existence, mais à apprendre à vivre avec justesse devant Dieu, dans la patience et la fidélité.

À travers ses enseignements, Ben Sira forme le cœur autant que l’intelligence. Sa sagesse est exigeante sans être écrasante, réaliste sans être désespérée. Elle accompagne l’homme dans ses fragilités, l’invite à la responsabilité et le guide vers une vie unifiée, où la foi éclaire les choix quotidiens.

Le Siracide apparaît ainsi comme une école de sagesse pour le temps long. Il transmet une mémoire vivante, héritée d’Israël, qui continue de nourrir la conscience croyante. Cette sagesse patiente, reçue de Dieu et éprouvée par l’expérience, prépare les cœurs à reconnaître une Parole plus grande encore, appelée à se donner pleinement dans l’histoire humaine.

« Si tu mets en pratique ce que tu as appris, tu deviendras sage ; si tu l’aimes, elle te gardera. » (Siracide 6, 37)